ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Sir Andrew Davis & Sir Edward Elgar : Indian Tonic !

Grand connaisseur des musiques des îles britanniques et auteur d’une discographie essentielle et salutaire de ces partitions (essentiellement chez Teldec), Sir a signé un contrat avec Chandos. Le premier temps de cette collaboration avec le label anglais est cette Couronne des Indes complétée de marches de circonstances. Au fond cet album renvoie inéluctablement à l’image du Elgar compositeur d’un Empire britannique à son apogée.

La composition de The Crown of India est mouvementée. En 1911, toute la presse anglaise n’avait d’yeux que pour la cérémonie indienne du Darbâr qui vit le George V et la reine Marie, empereur et impératrice des Indes honorés par les princes indiens. Évènement majeur, cette cérémonie fastueuse glorifiait l’idéal colonial britannique alors que le couple royal posait la première pierre de New Delhi. Oswald Stoll, le propriétaire du Coliseum Theatre de Londres demanda à d’écrire une partition sur ce sujet. Gendre d’un général de division de l’armée des Indes, Elgar accepta l’idée. Le cahier des charges était compliqué car la pièce devait faire partie d’une revue de music hall et le compositeur dut s’adapter à un texte d’une grande médiocrité truffé de vers de mirliton. Dirigée par Elgar, la création de l’œuvre se déroula dans de bonnes conditions et la pièce resta à l’affiche entre mars et avril 1912. Mais la partition fut, en partie, perdue lors d’un incendie, en 1970, et ne subsista dans son intégralité que sous la forme d’une réduction pour piano-chant et d’une suite d’orchestre.

En 2007, à l’occasion des célébrations du cent cinquantième anniversaire de la naissance d’Elgar, l’Elgar Society chargea Anthony Payne de proposer une nouvelle version intégrale de cette Couronne des Indes. Anthony Payne qui est déjà l’auteur de l’édition de la symphonie n°3 d’Elgar (laissée inachevée) a réalisé un travail bien fini qui valorise l’invention mélodique et la science orchestrale du grand homme. Au final, cette partition sonne avec un brio en technicolor et une belle inspiration sous une baguette qui sait éviter les grandiloquences faciles et le mauvais goût. Sir dirige une équipe vocale et chorale de haut vol où l’on remarque les interventions du baryton .

Chandos apporte un grand soin éditorial et l’on peut opter pour une version avec, ou sans les textes pompeux, qui relient les morceaux entre eux.

En complément de ce voyage en Inde, le chef et l’orchestre proposent trois célèbres marches d’Elgar. Ces pièces sont cernées avec le sens du spectaculaire nécessaire.