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Simon Boccanegra, noirceur implacable

Simon Boccanegra est une œuvre singulière dans la production de . Plombée d’une histoire compliquée à souhait et de l’invraisemblance d’un scénario aux ressorts dramatiques suspects, ces défauts inhérents à la pièce n’entachent nullement les qualités intrinsèques de l’œuvre.

On pourra rétorquer que le répertoire abonde de ces intrigues mal ficelées. Il fallait du courage, voire beaucoup d’audace de la part de la direction de l’Opéra de Montréal pour proposer à un public friand de Traviata ou du Trouvère, un ouvrage réputé difficile, rébarbatif aux airs faciles qui restent gravés dans la mémoire, que le chantre de Busseto a coutume d’offrir dans ses partitions. De plus, reconnaissons l’habileté de la maison à distribuer les rôles avec justesse et efficacité. Le résultat est probant : un bon spectacle, mais d’une noirceur implacable. Les décors de John Coyne, d’une grande efficacité dramatique, réussissent à créer l’atmosphère dans laquelle les personnages évoluent. Il est d’autant plus dommage que ces tableaux sombrent si souvent dans la grisaille, sous les éclairages de Guy Simard. Les costumes souvent chatoyants, rappellent l’époque du drame. Rien de loufoque dans la mise en scène bien droite de , que l’on pourrait qualifier de traditionnelle, mais il donne une consistance à l’intrigue par une direction d’acteurs efficace, et illustre le conflit sans jamais le défigurer.

Les voix sont partout excellentes, particulièrement celle d’ irradiante dans le rôle d’Amelia et d’une présence sur scène à couper le souffle. Souvenons-nous, elle fut, il y a deux ans à l’Opéra de Montréal, une sublime Butterfly. Elle confirme ses dons par une grande musicalité et une adéquation au rôle d’Amelia.

Le baryton dans le rôle-titre, incarne un doge de Gênes autoritaire mais humain, continuellement tiraillé entre l’amour qu’il porte à sa fille et le pouvoir. Le ténor Roberto De Basio en Gabriele Adorno est une autre belle surprise. D’abord rival de Boccanegra, il finira par lui succéder sur le trône. Voix idéale, solaire, son jeu scénique est époustouflant. La basse turque Burak Bilgisi est un Fiesco lugubre, le timbre sied à merveille au personnage. Le reste de la distribution convient parfaitement. Le baryton , en Paolo Albiani, en Pietro et en Capitaine.

L’, en grande forme, est mené à la baguette par .

Crédit photographique : (Maria/Amelia), (Boccanegra) © Yves Renaud

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