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Souffler n’est pas (toujours) jouer !

Par la pertinence de ses programmes, l’excellence de ses prestations et l’exigence de son chef , l’ s’impose sur la scène internationale comme une des forces vives de la musique d’aujourd’hui ; en attestent l’affluence d’un public aimanté par la musique à découvrir et la convivialité des rencontres ponctuées par un verre et précédées d’un avant-concert avec les compositeurs qu’Omer Corlaix sait animer de sa verve inimitable.

Sur le plateau de l’Auditorium du CRR de Paris, les musiciens proposaient un troisième volet du cycle consacré au jeune compositeur russe dans le cadre de sa résidence 2010 au sein de l’Ensemble. «L’essence de mon approche du son, nous dit le compositeur dans l’ouvrage qui lui est consacré (collection «A la ligne» édité par 2e2m), c’est que le son en tant que tel ne m’intéresse pas ; ce sont les conditions de l’apparition de la sonorité qui m’intéressent (…)» : une clé d’écoute essentielle pour suivre la démarche, radicale autant que convaincante, de cette pensée singulière. Il n’y a pas de couleur instrumentale dans White concerto pour six instrumentistes sinon une fréquence aiguë de l’accordéon – irremplaçable – sorte de signal scandant les différentes phases de ce concert «en blanc». Souffle, chocs mats, granulations, nappes résonantes sont autant de «gestes-sons» qui articulent un univers bruitiste, «somme des conditions physiques de l’apparition du son» précise Kourdlianski : un propos qui rejoint celui (lachenmannien) de «la musique concrète instrumentale» que Kourliandski colore d’un humour et d’une théâtralité très séduisants.

La musique est-elle un langage ? Question cruciale posée par Kourliandski dans 4 states of same, la deuxième œuvre au programme du compositeur russe, convoquant une voix et un ensemble atypique incluant une bonne vieille machine à écrire, un récipient d’eau et son générateur à bulles. L’union mot/musique tentée ici par le compositeur dans cette «interaction expérimentale» est davantage une fusion des énergies (qui fait sens) entre la voix/source – étonnant Boris Filanovsky – et le contexte bruitiste mais toujours très contrôlé de l’ensemble instrumental.

Placé entre les deux pièces de Kourliandski, Yamaon de tire sa force incantatoire de la profondeur des sonorités réunies – saxophone baryton, contrebasson, contrebasse à cordes – et d’une partie vocale saisissante – la voix de basse d’Andréa Fischer en confère toute l’intensité. Tout comme chez Kourliandski – le timbre en sus – c’est l’énergie intérieure du souffle et la fulgurance des onomatopées proférées par le chanteur qui engendre la puissance communicative.

A ces trois œuvres placées au centre de la soirée s’ajoutaient rien moins que deux créations mondiales. Joué en début de concert, Ressac pour 13 instruments de la compositrice dessine une trajectoire sonore en constante métamorphose alternant textures lisses (au temps suspendu) et processus rythmiques très ligetiens et tout en aspérités. C’est le travail presque plastique de la fibre sonore variant ses éclairages – harpe, accordéon, percussion offrent des registres très diversifiés – qui captive l’écoute et donne à la pièce son empreinte singulière.

Le concert s’achevait avec (K)nock (O)ut, la pièce du colombien qui confronte, dans une énergie presque guerrière, cordes et vents : projection du son, flamboiement des couleurs, surenchère sonore frisent la saturation ; on assiste aux assauts alternatifs des deux factions, l’image du combat étant au centre du propos du compositeur. Ici encore, Rizo-Salom met à l’œuvre la puissance énergétique du son à laquelle contribuent grandement l’engagement des interprètes et l’efficacité spectaculaire de la direction.

Crédit photographique : © Co Brœrse