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Felicity Lott & Ann Murray, qui aime bien châtie bien !

Comme l’avoue dans la savoureuse note de programme, entre Crime et châtiment, mieux vaut ne pas choisir, pourvu que l’on s’amuse. Il entraîne dans les turpitudes deux honorables Dames de l’Empire britannique, membres fondateurs de son ensemble The Songmakers’Almanac, constitué pour explorer le répertoire de la mélodie. La première partie confronte l’enfant à la cruauté des adultes : le bébé que l’on berce deviendra un criminel (Schumann), mourra de maladie (Poulenc) ou bien est menacé des tortures infernales s’il ne dort pas (Britten). La seconde partie traite de sujets scabreux, la prostitution (Love for sale, immortalisé par Billie Holiday) et la sexualité (Underneath the abject willow, invite ambiguë d’Auden à Britten). Le châtiment survient après l’entracte, avec « Le ciel est par dessus le toit » par , qui n’a pas à rougir de la comparaison avec Fauré. Rechute dans la drogue, grâce à l’étonnant Tournoiement de Saint-Saëns, qu’on n’attendrait certes pas en défenseur du plaisir opiacé, et au malicieux éloge d’un dealer par l’humoriste américain Tom Lehrer. On retrouve l’humour grinçant de ce dernier dans une fausse ballade irlandaise, sur une criminelle qui transforme son petit frère en irish stew, moins hilarante toutefois que la veuve en série de Rodgers et du parolier Lorenz Hart. Pour finir, crime et châtiment sont réunis dans un cycle peu connu de Liza Lehmann, sur des poèmes de Hilaire Belloc : la société victorienne entière semble résumée dans ces portraits d’enfants dont les vilains défauts (claquer les portes, mâchonner des bouts de ficelle) sont punis par une mort atroce, narrée avec un détachement sadique proche de l’absurde.

Chantant seules ou en duo, Dame et savent, par des regards entendus et un réel talent comique, rendre l’esprit des textes les plus ironiques. Mais elles préservent aussi la spontanéité touchante de Schwesterlein, la mélancolie d’Allons plus vite, et le tragique du Soldat de Schumann. Chez de telles artistes, les péchés vocaux sont évidemment véniels, d’autant que la diction est parfaitement claire dans chaque langue abordée. déploie l’art sans effets qu’on lui connaît bien au disque, avec une discrétion et une bonhomie délicieuses. En bis, Miss Otis regrets, de , chanté autrefois par Piaf, prolonge ces instants de bonheur dans le crime.

Crédit photographique : © Sian Trenberth