- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Oeuvre pour piano de la Seconde Ecole de Vienne, vous avez dit glauque ?

Les éditions Actes Sud, que l’on connaît pour l’intérêt et l’originalité de leurs publications concernant le domaine musical, nous proposent un curieux livre-cd autour de l’intégrale de l’œuvre pour piano de la Seconde Ecole de Vienne. «Intégrale» est un bien grand mot ; n’était l’apport substantiel de Schoenberg en la matière, il n’y aurait pas grand chose à enregistrer : l’œuvre de ses deux disciples se résume en effet à un numéro d’opus chacun.

Le principe général est le suivant : mettre en rapport ces œuvres avec un choix de photographies de Michael Ackerman, sans pour autant que les correspondances soient clairement établies entre telle pièce et telle photographie. Concrètement, une fois l’enregistrement lancé, nous auditeurs sommes libres de naviguer entre les feuillets au gré de nos envies. Esthétiquement assez sophistiquées, avec une gestion du grain et des couleurs tout à fait intéressantes, les photographies retenues proposent des atmosphères crépusculaires, peuplées d’ombres ou de «cris» à la Munch ; et on s’interroge : sont-ce là des illustrations pertinentes ?

La musique de la Seconde Ecole de Vienne est communément associée au mouvement expressionniste allemand. Certaines œuvres comme Erwartung ou Wozzeck partagent indubitablement l’esthétique sulfureuse voire glauque d’un Pabst ou d’un Murnau, dont les photographies de Michael Ackermann proposent comme un lointain écho. Ceci dit, ne considérer l’ensemble de la production de ses maîtres qu’à l’aune de l’expressionnisme le plus forcené nous paraît un lieu commun, pour ne pas dire une tarte à la crème, de même qu’assimiler la musique de Debussy à l’impressionnisme – ce dont il se défendait vigoureusement, d’ailleurs. Il semble bien qu’en art, la comparaison réductrice soit un péché.

Ce choix hasardeux en terme de correspondance esthétique ne lasse pas de nous interroger, donc. Il est d’autant plus curieux que le texte de présentation de , d’une prose habile et fluide, s’attache autant à présenter les œuvres qu’à tordre le cou à certains préjugés, tout en posant quelques bonnes questions sur l’héritage de cette Ecole autoproclamée. Heureusement, il reste l’enregistrement en lui-même, tout à fait excellent. se montre en effet habile à passer d’un style à l’autre, il rend parfaitement l’expressivité de la Sonate de Berg, la relative austérité de Webern, cependant qu’il passe de l’angoisse des Klavierstücke op. 11 à la légèreté et l’humour quelque peu «collés montés» de la Suite op. 25 de Schœnberg avec un aplomb déconcertant.

Au final, et malgré les qualités citées, ce livre déçoit quelque peu, et l’on ne peut pas dire qu’il apporte grand chose de plus au mélomane curieux de cette musique étrange autant que fascinante.

(Visited 242 times, 1 visits today)