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Opera seria de Florian Gassmann : est-ce bien sérieux ?

Le Printemps des arts de Nantes se terminait par Opera seria de montée par le New European Opera (NEO), structure de production lyrique visant à donner de premières chances à de jeunes musiciens.

Opera seria est une satire sans concessions du monde lyrique du XVIIIe siècle, très proche de celui que nous connaissons. Les excès de l’opéra ont commencé dès sa création, et dans son pamphlet Il Teatro alla moda (1720) ne manquait pas de s’en railler. Dans Opera seria, dont le titre porte toute l’ironie de l’œuvre, le Primo Uomo Ritornello est un benêt, les trois Prime Donne La Stonatrilla (Détonnante), La Smorfiosa (Mijaurée) et La Porporina se disputent la gloire à qui vocalisera le mieux, Delirio le librettiste écrit des vers de mirlitons à la syntaxe douteuse, Sospiro le compositeur recycle des airs déjà écrits en les faisant passer pour des nouveautés, la troupe s’empoigne joyeusement sur, qui de la danse, du drame ou de la musique l’emportera pendant que Fallito (Faillite) l’impresario s’enfuit avec la caisse.

De cette galerie de personnages hauts en couleurs, le metteur en scène s’en donne à cœur joie. La Stonatrilla et sa mère, Caverna, sortent d’une série B américaine, brushing péroxydé, chewing-gum éternellement en bouche, et un monceau de valises enfermant tenues du meilleur mauvais goût et jouets sexuels. La Smorfiosa et sa mère Befana représentent la «bonne famille», hypocondriaque à force d’être coincée dans une trop bonne éducation. La Porporina est la fille déjantée et roots / punkie de Bragherona, bourgeoise sortie des beaux quartiers de Londres. Ritornello et le chorégraphe Passaglio s’envoient en l’air en coulisse, Fallito a tout de l’agent véreux mi mafioso, mi commerçant méridional (quoique les deux se rejoignent souvent), … Chaque instant relève sa série de gags et de détails hilarants, jusqu’à faire contribuer le public sifflant et huant la «vraie» représentation d’opéra dans l’opéra.

Les jeunes chanteurs réunis seront sans doute promis à de belles carrières. De cette distribution fort homogène dans laquelle il n’y a pas vraiment de second rôle, retenons les trois sopranos Chantal Santon, Dorothée Liorthois et Mayuko Yasuda, qui vocalisent à qui mieux mieux, ainsi que les barytons Cozmin Sime et . L’orchestre se révèle sous la direction de d’une grande justesse et rend justice à une partition qui regorge de citations et moqueries, tel «l’air des thons» de Porporina avec basson obligé.

Cette production prouve qu’avec peu de moyens (un petit orchestre, quelques panneaux pour décors, quelques accessoires et quelques projecteurs) il est possible de monter un spectacle de grande qualité. Souhaitons longue vie à NEO et surtout souhaitons que cet Opera seria soit rapidement repris.

Crédit photographique : © NEO