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Oscar Strasnoy à Aix, souvenirs d’un monde mort

Un spectacle au domaine du Grand Saint-Jean, dans la campagne aixoise, donne au célèbre festival d’art lyrique des airs de Glyndebourne méditerranéen.

En prélude à la création d’Un retour / El regreso d’ et Alberto Manguel étaient proposés en alternance des madrigaux de Monteverdi, un solo de danse ou des lectures publiques, toutes en rapport avec le thème de l’éloignement, de l’oubli et du retour.

Alberto Manguel, pour son livret trilingue (français, espagnol et latin) se souvient de l’Enéide de Virgile et de l’Enfer de Dante (où apparaît Virgile). L’abandon de Didon et la descente aux enfers d’Enée trouvent un parallèle contemporain dans ce Retour : Néstor Fabris est un jeune contestataire d’un pays ressemblant fort à l’Argentine (compositeur et librettiste sont argentins). Pris dans la tourmente de la répression, il réussit à s’enfuir pour l’Europe. 20 ans plus tard le revoilà dans son pays. Ses souvenirs se mêlent à ses rêves, il croise des têtes connues sans se remémorer des noms, jusqu’à retrouver la trace de Marta, son amour abandonné. Néstor Fabris, comprenant qu’il est devenu étranger dans son propre pays, repart. Le livret dès le départ pose ce drame de l’incompréhension : Fabris s’exprime en français, les autres rôles en espagnol (avec un fort accent argentin), et quelques interludes sont chantés en latin, en reprenant des extraits de l’Enéide.

Sur ce livret très fort, a écrit une musique efficace, très proche du texte qu’elle sert et magnifie. L’écriture vocale est proche du récitatif, toujours respectueuse de l’instrument, sans pour autant tomber dans le trop expressif. Les brefs passages tirés de l’Enéide sont traités en madrigaux, le reste témoigne d’un style fort, original et personnel.

Le plateau est à la mesure de la production : excellents et en Fabris et Marta, très bonne tenue de l’ensemble , aussi bien dans les madrigaux que dans leurs divers rôles, avec un mention spéciale pour , en taxi et Professeur Grossmann, le «maître à penser» de Fabris. mène ses troupes à bon port dans cette partition exigeante, comportant de nombreux pièges rythmiques. Le tout est servi par une mise en scène sobre et efficace de Thierry Thieû Niang, qui fut un des collaborateurs de Patrice Chéreau pour De la Maison des morts en 2007.

Un spectacle homogène, réussi, dont on espère qu’il tournera ces prochaines saisons.

Crédit photographique : (Marta) & © Elisabeth Carecchio

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