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Le Grand Siècle français chez les bataves

Consacré au répertoire français, le 59e Festival de Musique ancienne d’Utrecht aux Pays-Bas accueillait dans la cathédrale (Domkerk) de la ville les ensembles , Les Eléments et dans les deux principales messes des morts jouées aux funérailles des Bourbons.

Il n’est plus joyeux Requiem que celui de Jean Gilles. S’ouvrant dans une tonalité majeure, empli de rythmes de danses et d’effets lyriques, cette messe des morts que le compositeur se réservait pour ses propres funérailles – après la rétractation des commanditaires – envisage l’office des défunts plus comme une réjouissance que comme une déploration. , qui connait très bien l’œuvre pour l’avoir enregistrée, la défend becs et ongles à la tête de son orchestre et du chœur Les Eléments. De l’équilibre des plans sonores à la justesse de l’orchestre (un ensemble baroque français qui joue juste et en place, ce qui relèverait presque de l’exception) musiciens et chef dévoilent au public néerlandais un chef d’œuvre du «Grand Siècle» dans de très bonnes conditions, tant instrumentales que chorales. Seul petit bémol, le plateau inégal de solistes. Autant et , part leurs voix homogènes et leurs qualités de diction, enportent l’adhésion, autant l’interprétation d’ reste plutôt effacée – quoique très propre et en place – et ne nous offre plus que les vestiges d’une voix aujourd’hui bien fatiguée. En prélude à ce Requiem, deux lamentations pour la Semaine Sainte, d’un esprit janséniste et austère à l’opposé du caractère dansant et enlevé de la pièce principale de ce concert.

Le lendemain, dans le même lieu, autre messe royale pour les morts, d’un tout autre esprit. La Missa pro defunctis d’ est d’une rigueur post Contre-Réforme. Apologie du contrepoint, austérité, références constantes au plain-chant, tout ici appelle au recueillement. a choisi d’accentuer cet aspect solennel en ne doublant les voix qu’à l’orgue. Un défi d’autant plus risqué que l’ensemble vocal, ainsi mis à nu, ne peut se tolérer la moindre incartade. Pari réussi : homogénéité de l’ensemble, justesse des pupitres, attention portée au texte et à ses figuralismes musicaux, rien ne manque dans cette interprétation – si ce n’est une version enregistrée. En guise de prélude, la Missa ad placidum de Claude Le Jeune bénéficie des mêmes qualités interprétatives. Pièce elle aussi bâtie du même contrepoint rigoureux, proche des polyphonies franco-flamandes mâtinées de l’esprit de la Contre-Réforme, accompagnée simplement à l’orgue seul, elle trouve sous la direction de avec l’ensemble une lecture qui n’est ni brillante ni flamboyante mais tout simplement recueillie, sobre et simple, sans affèteries ni autres «cache-misère» interprétatif. L’auditeur est placé face à l’essence même de cette musique : la beauté du contrepoint. Nul besoin d’en faire plus ni trop, et les interprètes l’ont bien compris.

Crédit photographique : Joël Suhubiette & © Les Passions