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Aida à San Francisco : Gros, vulgaire et triomphal !

Cette nouvelle co-production (Houston, ENO, San Francisco), nouvelle in loco, par ses excès, ses outrances, voire ses abus, surenchérit encore, comme si cela s’avérait encore possible, mille productions locales entrevues et joue le grand jeu du tout pour le tout. C’est gros, c’est vulgaire, c’est criard… et c’est gagné ! Grâce à l’»énhaurme» Zandra Rhodes, fofolle et géniale enfant terrible des modes londoniennes des annés 60 : certains de ses tissus rappellent une certaine Laure Japy ; le rouge, le bleu (les éléphants !), l’or cru et surtout le bleu turquoise abondent, illustrent et colorent une Egypte de carton-pâte, de pacotilles et de paillettes, kitsch, de bande dessinée (on y attend Tintin et Philémon Siclone). Le War Memorial fourmille et grouille alors de gros eunuques adipeux, de rois énigmatiques, de frères et sœurs nouvellement mariés, de près de 200 personnages (sans oublier les éléphants !), tous brillamment soutenus, avec force et vigueur, par les 84 solistes de ….. Qui, lui aussi, après s’être emparé des commandes, mène à la cravache, force à blanc un orchestre aux tempi irrésistibles, qui devient alors bien souvent persuasif et violent, féroce. Jamais un Verdi n’aura autant frôlé l’idiomatisme total sur cette scène de San Francisco où descendre un escalier revêt généralement une dimension … philosophique ! Cette Aida de premier degré, surprend, plaît, séduit, pour finalement emporter l’adhésion. Ces remarques s’appliquent, bien sûr, aux actes 1 et 2. Zandra Rhodes et sauront en fin de parcours, rectifier le tir, bifurquer vers l’intime et l’émotion. Ouf !

Post soixante-huitarde et cependant prête à défendre, bec et ongles, à tout prix, son homme, l’Aida de , en débuts locaux, sait ce qu’elle veut, évite ainsi la mièvrerie et l’affectation. La voix, élégante et souple, sobre et châtiée, s’emballe pourtant parfois, impulsive. On aurait, par exemple, aimé plus de retenue, plus de pondération dans le «O Patria mia». On aurait surtout aimé y découvrir ces pianissimi ravageurs, ce soir inexistants. Si l’on peut se permettre de donner un petit conseil à qui aborde Radamès pour la première fois de sa carrière, c’est surtout pour lui dire de ne pas renoncer au rôle !… car il en possède la tessiture, la couleur, l’élégance et le potentiel. L’Amnéris de n’est plus à dire. Ses colères, désillusions, ressentiments et manipulations lui sont siens. La voix, elle, demeure passionnelle, torrentielle. Hao Jiang Tian campe un Ramfis bien présent, vocalement convaincant, , un Roi efficace, à la voix porteuse et consistante, Marco Vratogna, un Amonasro nuancé, à la voix généreuse. Le chœur, chaleureux, soutient avec conviction un superbe cast qui aura su s’imbriquer à point dans cette Egypte … légèrement farfelue de Zandra Rhodes ! Un triomphe !

Crédit photographique : Marco Vratogna (Amonasro) & (Aida) ; Dolora Zaijick (Amneris), (Radamès) & (il Re) © Cory Weaver