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Juan Diego Flórez, un puritain sur mesure

Lors d’un séjour à Vérone, nous confiait sa fatigue d’être la «locomotive» chantante d’opéras aux distributions raccrocs. Avec les coûts toujours plus élevés des productions lyriques, peu de théâtres peuvent s’offrir des distributions de haut vol pour les opéras qu’ils programment. Si la plupart des opéras de bel canto ne demande «que» quatre chanteurs, la présence scénique d’un Juan Diego Florez, le ténor actuellement le plus cher de la planète, suffit à ce le reste de la distribution soit recruté parmi les «viennent-ensuite» !

La production bolonaise est taillée sur mesure pour le ténor péruvien. Tout tourne autour de lui. Des éclairages au costume, du théâtre au chant, tout est mis en place pour son confort scénique. Un cadeau théâtral dont le ténor péruvien s’enveloppe avec délices. Reste un enchantement de tous instants. Dans une parfaite maîtrise de la partition, jamais il ne manque de goût. Tout y est. La classe. Une puissance vocale sans ménagement. Des aigus brillants. Des graves sonores. Une diction parfaite. Et une désarmante facilité vocale qui lui permet de jouer son théâtre comme s’il déambulait dans son propre appartement. Là aussi le geste est juste, mesuré et parfaitement coordonné. Même dans cette pauvre intrigue, le ténor habite son personnage rendant presque crédible cet imbroglio théâtral fait opéra dont le seul prétexte est de mettre en valeur les chanteurs.

En dépit de la supériorité vocale désarmante de , le reste de la distribution se défend bien. A commencer par la basse qui, de sa voix profonde soude son personnage de Sir Giorgio Valton dans une belle noblesse. Tout comme (Enrichetta di Francia) dont l’autorité musicale habite la scène avec bonheur. Si le baryton Riccardo Viviani (Sir Riccardo Forth) déçoit avec une voix aux limites de la justesse, tout en étant très prometteuse, la soprano (Elvira) peine à faire oublier les grandes interprètes de ce rôle.

S’il faut reconnaître l’extrême difficulté qu’il y a à mettre en scène un opéra de bel canto, le metteur en scène italien Pier’Alli n’apporte certainement pas une lecture originale de cette intrigue. L’action lente de cet opéra ne méritait pas une mise en scène aussi conventionnelle. Avec ses chœurs disposés en rang d’oignon se déplaçant en ballets «téléphonés» sous des lumières sombres, l’ennui a tôt fait d’envahir le spectateur. Cédant à la mode actuelle d’un plateau dénué de tous accessoires, les protagonistes se trouvent rapidement à chanter avec une main sur le cœur, expression la plus caricaturale du chanteur d’opéra. Peut-être qu’avec des éclairages plus lumineux, des costumes plus colorés, des décors plus inventifs, ce spectacle ne se serait pas réduit à un récital en costumes.

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