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Anne Sofie von Otter : Vus du nord

La cantatrice suédoise est de retour à Dijon, cette fois-ci dans un répertoire baroque axé sur les œuvres de Bach et Haendel ; les pièces choisies ont été composées dans un laps de temps relativement court, une vingtaine d’années, et il devient donc intéressant d’observer les similitudes, mais aussi les différences qui existent entre deux compositeurs contemporains. A chacun sa spécialité : le cantor de Leipzig excelle dans l’expression de la musique religieuse, et la première partie s’organise essentiellement autour de deux de ses cantates. Haendel a écrit de nombreux opéras et de la musique instrumentale en abondance : après l’entracte, les pièces choisies dans le catalogue de ses opus sont uniquement d’inspiration profane.

L’ensemble instrumental conduit par Lars Mortensen recherche avant tout l’expression d’une dynamique censée accentuer le caractère vivant et souvent dansant de la musique du XVIIIe siècle. Il insiste volontiers sur les oppositions de nuances et pratique souvent des tempi très vifs ; ceux-ci se révèlent être parfois périlleux comme dans le «vif» de l’Ouverture de la Suite en ut majeur de Bach mais parfois cette vélocité force l’admiration, car le chef y sacrifie lui aussi, en se jouant des difficultés des partitions chargées qu’il interprète au clavier en dirigeant ! L’orchestre semble toutefois plus à son aise dans le répertoire de Haendel, interprété d’une façon moins stressée et qui y gagne par là-même en musicalité et en rondeur.

Aux deux parties du programme correspondent également deux attitudes de la «reine» . A la piété des cantates est réservée une expression retenue, une diction sobre, un phrasé souple. Hélas, ces éminentes qualités sont en partie masquées par un orchestre souvent trop véhément… En revanche, elle sait si bien faire ressentir la beauté de l’aria»Vergnügte Ruh» que les larmes viendraient aux yeux : ces moments de pure émotion valent tous les pardons. La seconde partie du programme révèle une autre face du talent de la cantatrice : elle est une sacrée comédienne ! Les tubes de l’opéra baroque, que ce soit «Verdi prati», ou bien «Ombra mai fiu» chanté en bis, ou encore le périlleux «Resign thy club», tous sont ciselés et enlevés avec un brio de bon aloi. Comme est agréable l’élégance du juste milieu …

Crédit photographique : © Matts Bäcker