- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Anthologie de la musique sacrée russe

Avec ce coffret, la célèbre étiquette russe Melodiya propose un vaste panorama de la musique sacrée russe, avec de multiples chœurs a cappella destinés à la liturgie orthodoxe depuis les chants monodiques (à partir du XIIe siècle) jusqu’à .

Le premier disque est consacré à des chœurs d’hommes, notamment le chant neumatique appelé chant znamenny, l’équivalent oriental du chant grégorien, ainsi que ses variantes (chant demestvenny par exemple). On trouve également une version du célèbre Hymne des Chérubins. Avec le deuxième volume, on remonte le temps en s’arrêtant au XVIIe siècle, avec le développement de chœurs polyphoniques, mixtes, influencés par l’Occident, à travers deux figures, Nikolai Diletsky (1630-1680), important théoricien, et son disciple Vasily Titov.

À Saint-Pétersbourg, capitale de 1715 à la révolution de 1917, la Chapelle Impériale occupe un rôle important dans la vie musicale russe, notamment la musique religieuse. En 1796, dirigée jusque-là par des italiens, elle passe aux mains de Dimitri Bortnianski (1751-1825). Ce dernier entreprend une codification musicale de la liturgie orthodoxe et impose le monopôle de la Chapelle Impériale sur toute édition ou exécution de musique religieuse en Russie. Influencé par la musique occidentale, italienne en particulier, il écrit des chœurs souvent virtuoses (concertos choraux), sorte de grands motets a cappella qui figurent sur le quatrième disque de ce coffret. À partir de cette époque, la musique sacrée russe n’est plus seulement confinée au cadre liturgique mais également donnée dans les salles de concert. On trouve naturellement la musique de Tchaïkovski, le premier à avoir écrit une musique pour le cycle complet de la Liturgie de Saint Jean Chrysostome, la liturgie ordinaire de la confession orthodoxe, mais aussi des Vêpres, harmonisation de chants anciens. Pour illustrer la musique liturgique orthodoxe au début du XXe siècle, Melodiya présente des compositeurs qui se sont attachés à retourner aux sources, du chant znamenny notamment, plus propice à la prière et à la méditation : c’est le cas d’Alexandre Gretchaninov ou Pavel Chesnokov, de l’Institut synodal de Moscou mais aussi d’Alexandre Arkhangelski, de l’école de Saint-Pétersbourg. Beaucoup plus connu, Rachmaninov est bien représenté avec deux chefs- d’œuvre, sa Liturgie de Saint Jean Chrysostome (1910) et les Vêpres (1915), malheureusement sous forme d’extraits. Le dernier volume du coffret contient enfin des œuvres beaucoup plus récentes, en particulier un extrait du Concerto pour chœur mixte d’ et une cantate de Chtchedrine, L’Ange Scellé, pour chœur, solistes et flûte, qui allie tradition et modernité.

Étant donné le nombre d’interprètes et les dates d’enregistrement (de 1966 à 2008), la qualité artistique des versions proposées, comme les prises de son, varient beaucoup d’un disque à l’autre. On peut regretter par ailleurs la sous-représentation de certains compositeurs (Gretchaninov par exemple), la place accordée à d’autres (un volume entier consacré à Arkhangelski !).

(Visited 1 284 times, 1 visits today)