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Yuja Wang, beaucoup de bruit pour rien

Bloqués par la neige, certains ont dormi dans leur voiture ce soir-là. Et si d’aventure ils regrettaient d’avoir manqué la pianiste , nouvelle égérie Deutsche Gramophon, dirigée par le presque aussi jeune à Pleyel, qu’ils se rassurent. Ils ne se seraient pas réchauffés pour autant.

Alors, ce soir, erreur de programmation ou faute de goût ? Parce que rien, sinon un Chevalier à la Rose de Strauss assez flamboyant et gentiment sophistiqué, n’aura donné de raison d’être à cette soirée. Mais comment insuffler du panache à Strauss si la base s’est perdue en route? Petit son craintif de l’orchestre, absence de perspectives, pupitres hésitants, nuances fades et humour… sous-entendu (Till l’espiègle).

Et certes, la jeune , vingt-trois ans, a déjà écumé les plus grandes salles américaines. Certes sa technique pianistique lui donne des facilités (à qui le travail les refuserait-il ?). Certes, elle semble détenir, quelque part, loin, loin au fond d’elle-même, une sensibilité à fleur de peau. Peut-être même une authenticité intéressante et délicate. Mais le son ne décolle pas et pourtant, elle frappe. Rachmaninov, avec le lyrisme, avec l’élan, avec l’ardeur et la grandeur des sentiments peut être insoutenable mais, sans, c’est un supplice. Et si même la virtuosité – dont elle est pourtant maîtresse – est bâclée sans joie ni jeu, ça n’en vaut pas la peine. Ajouter à cela une inadéquation à l’esprit de l’œuvre – et du compositeur – et un orchestre quelque peu bringuebalant, on se prend à penser que l’on sacrifie beaucoup au marketing.

Crédit photographique : Yuja Wang © Felix Brœde