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Vivica Genaux : Rossini le romantique


Ce récital a été un modèle d’accomplissement artistique. À ce moment de sa carrière, est dans la plénitude de ses moyens. Avec sa tessiture de mezzo-soprano que prolonge une bien sonnante quarte grave, avec une émission d’une mobilité rare (autant à l’aise dans le legato à tempo lent que dans une étourdissante virtuosité de l’extrême grave aux aigus stratosphériques) et avec une fort enviable longueur de souffle, elle domine ces pages et nous laisse le sentiment de disposer d’une réserve de tessiture et de vélocité. Et pourtant, ces gestes vocaux qui unifient la voix ne l’empêchent pas de cultiver de chatoyantes et indépendantes couleurs registrales. On admirera également l’élégance expressive et rhétorique : précise dans les intentions mais jamais de façon appuyée ou hâbleuse (elle refuse la plus élémentaire facilité : poitriner les notes graves). Bref, elle rend hommage à tous les visages de Rossini, celui qui simultanément composait des opere buffe et des opere serie, et celui qui, poursuivant les héritages haydnien et napolitain, ouvrit au premier romantisme musical. À cet égard, la cantate Giovanna d’Arco fut le sommet de ce récital, d’autant que l’orchestration réalisée par Salvatore Sciarrino est un modèle du genre.

Dans cette réévaluation du visage romantique de Rossini, apporta un impeccable concours. Depuis le concert auquel, il y a quatre années, à la Cité de la Musique, René Jacobs, conduisant l’Orchestre des Champs-Élysées, avait dirigé Tancredi, nous n’avions jamais eu la manifestation réelle que Rossini est, avec Mendelssohn, Weber et Berlioz, un des «inventeurs» de l’orchestre romantique. Attentif aux dynamiques et aux articulations (il sait réaliser des legatos fondus comme articulés), il a la sage élégance de ne jamais éblouir son public par des tempos trépidents ou précipités et par un détaché systématique.

Selon un compromis dont Nikolaus Harnoncourt montra la voie, le Basler Kammerorchester est la preuve éclatante que, pour peu qu’il renouvelle ses pratiques et engage de jeunes musiciens formés à une pluralité de pratiques stylistiques, l’orchestre de chambre dispose d’un avenir épanoui. Ici, les musiciens se soucient d’une justesse approfondie (pour s’accorder, ils poursuivent les usages des orchestres «baroqueux») ; les instrumentistes à cordes ont de rares souplesses d’archet ; enfin, les cornistes et trompettistes jouent des instruments anciens au tempérament naturel, tandis que les percussionnistes emploient, eux aussi, des instruments historiques.

pouvait-elle être mieux entourée ? Sans doute pas.

Crédit photographique : © Harry Heleotis / Virgin classic