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C’est de saison

En son intégralité (les six cantates et environ trois heures de musique), l’Oratorio de Noël de Bach est trop rarement donné. Pour les interprètes comme le public, le défi est de taille, un peu comme un violoniste qui, en un concert, affronte les six partite et sonates pour violon seul. Et si cet oratorio n’a pas le «cousu» des deux Passions du Cantor de Leipzig, que de beautés : vaste éventail formel, polystructures, polytextualités, écriture chorale aussi théologique que pittoresque (à la Handel). On ne dissimulera pas un faible pour la quatrième cantate, notamment pour son écriture en écho : le jeu sur les mots en moins, Bach rejoint ici ses devanciers Monteverdi (on pense au concerto Audi cœlum dans le Vespro della beata Maria vergine) et d’India.

Est-il utile de vanter les mérites du  ? Sans doute pas. Existe-t-il actuellement un ensemble vocal de seize chanteurs, dont chacun a une pratique de soliste, qui sait se retrouver en une homogène pâte sonore collective et qui ait, à ce point, une intelligence de la rhétorique luthérienne (ce dernier point, par exemple, fait défaut au Monteverdi Choir) ? Assurément, non. Pour cette production, était en forme, avec quelques solistes de premier ordre, notamment une première trompette étourdissante.

Quant à l’équipe vocale, elle fut de belle tenue, même si Ulrike Schneider (magnifique alto dont devine que les emplois lyriques annoncés – entre Cherubino, Brangäne et Marina – ne sont pas usurpés) et (un Leporello né) ont plus spécifiquement capté l’attention. La pétulante Christina Landhamer (on se souvient de sa lumineuse participation, il y a trois années, à une admirable Schöpfung de Haydn, avec Philippe Herreweghe, au Théâtre des Champs-Élysées) a semblé un peu en retrait, assurément gênée par une indisposition laryngée et parce que, dans cette œuvre, Bach n’a pas taillé, au soprano, une part de lion. La légère déception vient de Julius Pregardien : si on est ébahi que le fils reprenne les intonations et la musicalité de son père – Christoph Pregardien – il y a un quart-de-siècle, on a remarqué une maîtrise inconstante des passages de registres, une fatigabilité (quelques aigus craqués) et une intelligence incomplète des récitatifs (les airs ne lui posent pas de problème). En fait, peu de choses, au regard d’une musicalité insolente et d’un jeune âge (vingt-six ans !). Laissons ce chanteur mûrir une pendant poignée d’années et nous admirerons, sans doute, un ténor qui, certainement, aura l’aisance scénique dont son père n’a jamais disposé.

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