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Thomas Hampson, le raffinement à l’américaine

A Paris, on ne l’avait plus entendu depuis un moment , « le plus grand baryton américain » du moment fait un retour solo fracassant avec un récital comble au Théâtre des Champs Elysées.

Fracassant, oui, mais distingué. Tout dans son attitude, sa musicalité et son répertoire confirment un artiste de grande classe dont les choix avisés commencent par le pianiste. , déjà présent à ses côtés au Châtelet au dernier récital, est un collaborateur d’exception. Sa personnalité affirmée (avec finesse), son initiative et sa fibre théâtrale placent la barre haut : quel chanteur peut prendre ainsi la balle au bond…

est à l’aise dans ce climat d’émulation. Voix lumineuse, voluptueuse et volubile, il commence par Schubert, finit par Mahler, s’autorise du Barber et tous lui vont bien. Il s’engouffre dans les paysages et les états d’âme croqués par le pianiste et jamais ne manque sa cible. Dans Schubert, il donne une unité amère aux poèmes de Heine du Chant du Cygne qui aboutissent sournoisement à une tension insoutenable (Der Atlas, lugubre Die Stadt, damnation de Doppelgänger.. ).

Avec Barber, il n’abandonne pas la gravité mais la place sous le soleil américain. Dans ce cadre harmonique (Solitary Hotel) et humoristique (A green Lowland of Pianos), il bascule de la tragédie à une ironie mutine avec la conscience aigüe de son pouvoir. Par l’expressivité de son visage, son charisme solaire et sa voix, d’une plastique étonnante d’homogénéité, il nous rend au présent.

Lorsqu’il attaque Mahler, l’auditoire est suspendu à ses lèvres. Les phrases infinies des Kindertotenlieder montent en volutes. Raffinées au point de manquer de spontanéité, elles n’en sont pas moins intenses et magnétiques. Le cycle est grave mais Hampson étouffe sa fureur et finalement ce qu’il nous laisse, c’est sa lumière.

Crédit photographique : Thomas Hampson © Dario Acosta