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Anna Caterina Antonacci, Poi Tristano…


«Et après, Tristan» : en inscrivant ces derniers mots sur la partition inachevée de Turandot, en 1924, Puccini semblait résumer un demi-siècle de fascination italienne pour Wagner. Francesca da Rimini, qui entre au répertoire de l’Opéra, en porte la marque, tout comme les œuvres instrumentales et vocales qui sont présentées dans une série de concerts périphériques. Respighi conserve cependant ses traits originaux, sous l’influence de son maître Rimsky-Korsakov et de ses propres études sur la musique ancienne. Le Quatuor dorique étonne ainsi par ses colorations modales, même si l’interprétation honnête, mais prudente, donnée par le laisse sur sa faim. Quelques belles interventions de l’alto exceptées, le jeu déçoit par une une absence flagrante d’élan et de couleurs.

Le reste du programme est consacré au prince des poètes de l’époque, D’Annunzio, qui inspira le livret de Francesca da Rimini. Respighi rend particulièrement bien cette poésie «décadentiste», et sait lui donner la sensualité qui convient. La voix sonne très à l’aise dans cette tessiture moyenne, et le ton, toujours un peu coupant, est tempéré par la chaleur d’un timbre ardent. L’accompagnement de Donald Sulzen est pondéré, attentionné et serviable. Les mélodies de Tosti données ce soir le montrent toujours aussi avenant mais moins conventionnel que d’habitude : ainsi, replacé dans le contexte maladif des Chansons d’Amarante, le fameux «L’alba sepàra dalla luce l’ombra» prend une autre figure que lorsqu’il est claironné par les ténors. déploie une pénétrante finesse de diction, sans pour autant sacrifier la générosité de la cantilène, réussissant à doter chaque poème d’une intensité remarquable.

En France, on ne connaît guère Il tramonto, un poème de Shelley mis en musique pour quatuor et voix, mais comment ne pas s’émerveiller de la beauté de l’œuvre, lorsqu’elle est déclamée ainsi ? Évitant la langueur brumeuse, Anna Caterina Antonacci tend le fil de la narration, tandis que les timbres du quatuor se mêlent aux reflets moirés de sa voix. Elle pousse l’expression vocale jusqu’à l’extrême pour donner leur poids aux mots et recourt presque par moments au parlando, au risque de casser la ligne, avec une audace que les grandes tragédiennes seules peuvent se permettre.

Crédit photographique : Anna Caterina Antonacci © Pascal Victor

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