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Simon Keenlyside et Malcolm Martineau, a treasury of english song

 Afin de préparer l’ouverture prochaine d’une exposition sur la photographie préraphaélite, le Musée d’Orsay accueille un beau panorama de la mélodie anglaise au XXe siècle, complété par quelques art songs américains de Ned Rorem. Si le rapport avec le mouvement préraphaélite n’est pas toujours évident, on reconnaîtra deux sources fondatrices de l’inspiration britannique moderne, le folksong et la musique élisabéthaine. sert ce répertoire avec un instrument au grave un peu rocailleux (il semble apparemment lutter contre un mal de gorge), mais vibrant et ferme. La diction est soignée et toujours expressive, sans altérer la ligne, en une combinaison réussie de force et d’élégance. Le ton juste est trouvé aussi bien pour la subtile amertume que pour des incarnations de personnages ou pour des épigrammes. On pourrait lui reprocher de ne pas faire varier son style autant que les œuvres, d’expression plus ou moins moderniste, le permettraient, mais l’intensité et l’évidente sincérité du chanteur suffisent à soutenir l’attention, et valent finalement mieux que des raffinements qui lasseraient vite. , on le sait, est un des partenaires les plus recherchés par les chanteurs. Au delà des qualités évidentes de sa contribution, on ne peut s’empêcher de regretter une certaine discrétion. Certes, la mélodie anglaise cantonne souvent le piano dans un rôle assez ténu de soutien harmonique. Mais Britten, qui rompt justement cette tradition, gagnerait à un jeu plus incisif et plus percutant.

Dans cette soirée de haute valeur littéraire et musicale, complétée par deux excellents bis tirés des Histoires naturelles de Ravel, trois œuvres ressortent : Bételgeuse de Holst, description d’une planète immobile et déserte, que les artistes rendent avec une froideur stupéfaite, et puis deux cycles aussi différents que magnifiques. Pour l’éloquence de Dietrich Fischer-Dieskau, retrouvée ici à sa manière par , Britten a choisi des poèmes mordants et âpres de William Blake, qui dénonce la misère des masses laborieuses et l’hypocrisie de la religion établie. George Butterworth, mort à 31 ans dans la Bataille de la Somme, sait quant à lui rendre la poésie pastorale de Housman avec une mélancolie poignante.

Crédit photographique : Simon Keenlyside © Uwe Arens

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