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Soirée romantique avec Tabea Zimmermann

Difficile de trouver le juste superlatif pour décrire la parfaite alchimie qui opère lorsque et se mettent à faire de la musique ensemble. Si l’on connaît bien la première, célébrée dans le monde entier comme une des meilleures altistes de notre temps, voici l’occasion idéale de faire plus ample connaissance avec le Russe qui participe incontestablement à la réussite de cet enregistrement. Né en 1979 et déjà bardé de récompenses en tous genres, le pianiste se révèle en effet être un chambriste de génie et une des valeurs sûres de demains.

Le récital commence avec la Sonate pour alto et piano de . Plus connue outre-Manche que chez nous, la musicienne a décroché avec cette œuvre le deuxième prix du célèbre concours de composition «sponsorisé» par Elizabeth Sprague Coolidge, juste derrière la Suite pour alto d’Ernest Bloch (1919). Si elle a déjà fait l’objet d’une douzaine de versions discographiques, la sonate trouve ici deux interprètes de choix qui, avec une fluidité de phrasé et une grande richesse de timbre, parviennent à passer très habilement d’une humeur à l’autre (Impetusoso –poco agitato), instaurer des climats particuliers (le debussyste Adagio-Allegro final) ou simplement nous donner une impression de luxuriance et de voluptueuse générosité.

Composée en 1863, la Sonate pour alto de Vieuxtemps est interprétée avec autant de panache que de lyrisme. Des couleurs débordantes du Maestoso-Allegro qui évite tout sentimentalisme gratuit et exploite à merveilles les effets purement violonistiques voulus par Vieuxtemps, au Finale scherzando formidablement spontané, en passant par la barcarolle médiane dont la mélancolie est parfaitement exprimée, le duo est musicalement époustouflant.

De la même manière, Zimmermann et Gerstein habitent la Sonate op. 120 n°2, testament chambriste de Brahms, en s’en appropriant chaque note. Quoiqu’assez lent, le tempo de l’Allegro cantabile ne s’alanguit jamais et l’éclairage des thèmes est toujours renouvelé. L’architecture claire de l’Allegro appassionato n’empêche pas les musiciens d’explorer les passions de l’âme humaine et chacune des variations de l’Andante con motto final est considérée comme un monde en soi, sans perte aucune de la vision d’ensemble. Certes, les esprits grincheux pourront trouver, çà et là, quelques inflexions trop flegmatiques mais jamais l’intérêt de cette lecture ne décroît. Du plaisir à l’état pur ! Inutile de préciser que l’on aurait volontiers donné une des œuvres «mineure» de Clarke ou de Vieuxtemps contre la sœur de cette sonate (l’op. 120 n°1)…