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Hans Richter-Haaser enfin restitué, mais en partie

C’est certainement à un coup de cœur de l’un ou l’autre membre anonyme de EMI Classics France, amoureux de l’art de (1912-1980), que nous devons cette inespérée publication de l’intégrale des gravures beethovenienne du très grand pianiste allemand, et il est tout bonnement scandaleux que ce ne soit pas l’œuvre de EMI Classics International dont le devoir était d’accomplir impérieusement non seulement pareille résurrection, mais bien l’entièreté de ce que nous a légué chez Columbia, ce qui n’aurait pas pris beaucoup de CDs supplémentaires ! Espérons donc que le reste viendra bientôt sous forme d’un second album dans lequel le pianiste honore Mozart, Schubert, Brahms…

Ce coup de cœur, il est évident à la lecture du texte même au verso de cet album : «C’est l’un des secrets les mieux gardés de toute l’histoire du disque : les Beethoven du grand pianiste ont été salués à leur parution comme des disques de référence. Depuis, leur excellence s’est murmurée pendant quarante ans de bouche à oreille de mélomanes avertis s’échangeant de rares disques vinyles à prix d’or. Les voici enfin réédités et accessibles au public.» On ne pouvait mieux dire.

Lors d’une précédente publication chez Forgotten Records, nous avons déjà rendu hommage à l’art exceptionnel de Richter-Haaser pour devoir encore y revenir ici. Mais ce n’est pas inutile de rappeler qu’il était non seulement un des plus grands pianistes du siècle passé, mais surtout l’un des plus purs musiciens parmi eux, et la gloire capricieuse n’a hélas pas permis de le situer en son temps au même niveau que ses compatriotes Artur Schnabel, Edwin Fischer, Wilhelm Backhaus ou Wilhelm Kempff, ce qui dénote une injustice flagrante, car il était au moins leur égal !…

Les mélomanes ayant eu le bonheur de l’entendre en concert – ce qui est le cas de l’auteur de cette chronique – ou en disque, comme dans son fabuleux Concerto pour piano n°2 op. 83 de Brahms, qui a comme particularité d’avoir Herbert von Karajan à la direction des Berliner Philharmoniker, ne sont pas prêts de l’oublier et en conserve précieusement le souvenir.

Et s’agissant de Beethoven, ses interprétations sont d’une extraordinaire profondeur et d’une justesse telles que nous ne connaissons guère d’équivalent pour l’admirable méditation du mouvement lent du Concerto pour piano n°4 op. 58, ce qui par la même occasion honore également son très regretté partenaire à la direction de l’excellent . Que ce soit d’ailleurs dans les pages avec orchestre ou celles pour piano solo, le jeu du pianiste se révèle tour à tour précis et viril ou délicat et léger, d’un lyrisme dans des lectures approfondies qui ne s’embarrassent guère de considérations faussement métaphysiques, mais qui restent justes, naturelles et sans emphase, s’épanouissant en un lyrisme d’une vie intérieure intense. Ce sont tout simplement des exécutions magistrales qui enrichissent spirituellement l’auditeur !

On attend impatiemment la suite !

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