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Les fruits du travail de Michel Tabachnik

Il y a quelques temps, un orchestre moyennement médiatisé qui voulait se faire connaître, misait sur des raretés patrimoniales, histoire de frapper les critiques et d’engranger les prix et récompenses. Désormais, on observe plutôt le chemin inverse avec des phalanges qui n’ont pas froid aux yeux et qui se lancent à l’assaut d’Everest symphoniques. C’est dans ce contexte que l’on reçoit le premier disque du nouveau label autoproduit de l’Orchestre Philharmonique de Bruxelles dédié à des tubes de Debussy.

Avant de commenter les interprétations, il faut saler l’un des grands points de satisfaction de cette galette : son fini technique ! Alors que la quasi totalité des labels d’orchestres sont des captations de concert, ce disque est le fruit de véritables sessions d’enregistrements ! Luxe assez incroyable en ces temps de vaches maigres ! Qui plus est, l’album est enregistré dans le mythique Studio 4 du Flagey bruxellois dont l’acoustique est hautement réputée !

Quant il a repris en main l’ancien orchestre de la radio flamande, à l’orée de la saison 2008-20009, trouvait un outil assez cabossé par une perte d’identité et une absence de projets. En moins de 3 ans, il a remis la phalange sur les rails et l’a inscrite autant dans le paysage belge qu’international. Des tournées en Asie et une résidence à la Cité de la musique témoignent de ce renouveau ! Formidable directeur musical, Tabachnik a su galvaniser un orchestre, qui présente désormais un fini instrumental de niveau international. Les vents et les cuivres sont d’une précision parfaite et d’un galbe sonore riche et seules les cordes manquent encore de personnalité.

Ce disque Debussy marque donc une excellente porte d’entrée sur cet orchestre et sur le travail du chef. Mieux, dans un contexte discographique absolument pléthorique, il se fraye une fort belle place. Les affinités de Tabachnik avec les classiques de la modernité ne sont plus à prouver et le musicien Sa lecture de La Mer présente tout ce qu’il faut d’élan, de passion et de mise en avant de la science orchestrale du compositeur. Techniquement irréprochable, cette lecture séduit par le panache des musiciens qui brillent de mille feux sous une battue véritablement creusée et flamboyante. Le Prélude à l’Après midi d’un faune se meut, comme il faut, avec sens de la danse et des nuances. On reste juste un petit peu sur notre faim dans des Nocturnes qui manquent d’un zest d’abandon et de magie. Le s’avère un peu dur dans les «Sirènes» finales.

Cependant, il ne faut pas bouder notre plaisir devant un disque de très grande qualité avec une Mer superlative qui est certainement le meilleur enregistrement édité depuis la relecture de Pierre Boulez à Cleveland (DGG).