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Deux chefs-d’œuvre de la musique de chambre française

Si les années 50 ont été le témoin de la disparition de (1870-1958), elles ont également vu la publication par Pathé-Marconi de deux enregistrements essentiels rendant enfin hommage au grand compositeur français : le Psaume XLVII op. 38 dirigé par Georges Tzipine chez Columbia, et La Tragédie de Salomé op. 50 par Pierre Dervaux chez La Voix de son Maître. Le premier a été réédité en un double CD EMI «Les Rarissimes» 5852042 tout entier consacré à , la seconde chez le très prospecteur label français Forgotten Records (CD fr410) qui n’en finit pas de rendre à nouveau disponible une multitude de trésors injustement négligés.

Toutefois il existe une troisième gravure Pathé-Marconi, plus rare encore, réalisée à la même époque sous étiquette Pathé cette fois, et ayant très certainement, comme les deux autres, reçu l’aval de lui-même : il s’agit de son Quatuor à cordes en sol dièse op. 112 interprété de façon magistrale par le . L’unique Quatuor à cordes de Schmitt est, sans hésitation possible, avec son Quintette pour piano et cordes op. 51 (1908), le chef-d’œuvre chambriste du compositeur. Du mouvement lent de son Quintette pour piano et cordes, Florent Schmitt au piano avait d’ailleurs réalisé un enregistrement dès juin 1935 en compagnie du légendaire Quatuor Calvet.

Si le Quatuor à cordes en fa majeur (1903), œuvre de jeunesse de , nous est bien familier, le Quatuor à cordes en sol dièse op. 112 de Florent Schmitt, datant de 1947, donc de la maturité de ce dernier, est bien loin de l’être autant. Créé en 1948 par le fidèle Quatuor Calvet qui en est le dédicataire, et dont faisait partie dès 1944 comme second violon, il était tout indiqué que ce soit le , digne successeur du Quatuor Calvet après la dissolution de ce dernier en 1950, qui ait ce 7 décembre 1956 les honneurs de l’enregistrement de cette œuvre magistrale, d’autant que deux autres membres de l’ancien Quatuor Calvet, l’altiste Maurice Husson et le violoncelliste Manuel Recasens, avaient accepté de faire également partie du .

De vastes proportions (40 minutes), le Quatuor à cordes de Florent Schmitt est subdivisé en quatre parties : Rêve, Jeu, In Memoriam, Élan. Les sous-titres en sont déjà tout un programme. Bernard Gavoty qualifia cette œuvre complexe et sans concession à la facilité de «plus achevé des quatuors contemporains». Le troisième mouvement In Memoriam est dédié aux grands musiciens décédés : Chopin, Chabrier, Fauré, Borodine, Rimski-Korsakov (celui d’Antar et du conte féerique), Balakirev (celui de Thamar), Albéniz… Florent Schmitt lui-même attachait beaucoup d’importance au mouvement lent : «C’est dans le mouvement lent qu’on peut juger des qualités les plus profondes d’un musicien. Sans les andantes merveilleux de ses quatuors et du second quintette, nous n’aurions de Fauré qu’une idée fort incomplète.»

De ces deux œuvres de Ravel et Schmitt, qui sont des sommets indiscutables de la musique de chambre française, le Quatuor Champeil nous offre des interprétations parfaitement abouties, magnifiées par l’exceptionnelle pureté des transferts de Forgotten Records.