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Beecham et la musique française

La musique française était l’une des grandes passions du chef d’orchestre Sir . Son rôle dans la diffusion de la musique hexagonale fut tel qu’il reçut, en 1936, la Légion d’honneur des mains du président de la République française Albert Lebrun.

Au centre de ce coffret, on retrouve la légendaire gravure de la Symphonie fantastique de 1959 avec le vénérable . Cette lecture est doublement intéressante. Tout d’abord, à l’image de nombreux chefs britanniques qui lui succédèrent, Sir , était un inconditionnel de Berlioz. Dès l’âge de 30 ans, il avait à son répertoire le Te Deum, puis le Requiem, Roméo et Juliette, La Damnation de Faust et l’Enfance du Christ…Sur ses vieux jours, alors qu’il se reposait dans sa maison du sud de la France, le chef se lia avec l’orchestre parisien. Faisant une rare infidélité discographique à ses phalanges britanniques, il commença une série de disques à la tête des musiciens français. La notice de présentation (absolument passionnante) explique que Beecham adorait les couleurs si françaises de l’orchestre : il «aimait l’attaque nette des cors à perce étroite» et la «sonorité éminemment française, qui s’alliait de plus au timbre tout aussi fin du basson…». Enfin, la précision de la direction du chef galvanise l’orchestre qui fait bloc (on est loin, très loin, du sidérant débraillé orchestral des enregistrements contemporains d’Inghelbrecht avec ce même orchestre). Plus de cinquante après, cette lecture à l’élégance racée et au sens de la narration intacte, reste une pierre angulaire de la discographie. À cette époque, on enregistrait vite et sans trop de contrôle ! Ainsi, l’auditeur s’amusera de la sonnerie téléphonique qui retentit au tout début du «bal». On reste sur les mêmes cimes avec les lectures des symphonies de Bizet et Lalo, menées avec une rare justesse des tempi et un évident sens des couleurs, on appréciera l’intérêt que le chef portait à la, fort méconnue, Symphonie d’ ! Quant à la Symphonie en ré de Franck, que Beecham dirigea sans arrêt de 1912 à 1959, elle emporte l’adhésion avec son respect du fond et de la forme.

Les suites de ballet et miniatures orchestrales étaient au cœur du répertoire du chef. Traitées avec attention, minutie et style, ces musiques sortent ragaillardies après un passage sous la cette baguette! Et comme toujours, on retrouve Beecham dans des tubes mais aussi dans les partitions oubliées. Ainsi, en 1955, il dirigea au festival de Bath, Zémire et Azor du Liégeois Grétry ! Il tomba amoureux de cette musique à laquelle il trouvait « une légèreté, une grâce, et une invention mélodique surpassées uniquement par Mozart ». Il en réalisa une suite d’orchestre qui lui valut de grands succès publics ! Du côté des tubes orchestraux, on retrouve Faust et sa musique de ballet ; cet opéra fut le premier qu’il enregistra ! À la tête des musiciens du Royal Philharmonic, il sait combiner sens de la chorégraphie, légèreté et humour.

Toutes les autres œuvres présentes dans ce coffret, des Suites de Carmen, à celle plus rare du Roi s’amuse de Délibes, sont traitées avec le même soin et la même vérité stylistique.

Vendu à prix économique, ce coffret, comme le box Delius (Clef ResMusica), sont deux portes d’accès indispensables sur l’art d’un chef exceptionnel qu’il serait indécent d’oublier !