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Sofya Gulyak, une très grande dame du piano

Maturité, sérénité, profondeur impressionnent dans le jeu de . Ajoutons la modestie et le naturel dans sa façon d’aborder les œuvres qu’elle propose.

Après avoir été lauréate du Concours Marguerite Long- Jacques Thibaud, en 2007, mais seulement à la 3eplace, à la déception de tous, mais munie de brillantes récompenses, remporte le Premier Grand Prix d’un des plus prestigieux concours celui de Leeds en 2009, qui fut décerné jadis à Murray Perahia, plus récemment à Bruno Rigutto, Lars Vogt, mais jamais encore à une interprète féminine. Sans rancune, alors qu’elle n’a pas encore joué avec un orchestre de Radio France, ce à quoi s’était engagé le concours Long, l’artiste revient en France. Ce qui était prévisible en 2007 est devenue une certitude : une étoile est née. Servie par un beau Steinway, elle impressionne. On admire la profondeur avec laquelle elle va jusqu’au fond d’une œuvre, en donnant le meilleur d’elle-même. Elle écoute chaque note et construit ce qu’elle a à dire comme une ample architecture grâce à un savant rapport harmonique qui fait naître l’émotion de la seule beauté sonore, sans effet de bravoure inutile, sans faire valoir.

Dans Schubert, la pianiste dose les couleurs en évitant la surcharge virtuose et les mélodies chantent, limpides et simples. Une petite réserve : dans la Wandererphantasie, on voit que la pianiste a voulu préserver la nature intimiste des confidences de Schubert : les moments d’angoisse insupportable du voyageur face à son destin étaient bien là, mais il manquait un rien de démesure, de révolte avant la résignation. Sofya Gulyak sut mettre une intériorité à la fois douloureuse et mystique dans les Variations sur Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, tout comme dans les deux Consolations où son interprétation sublime avec un toucher qui fait penser à celui d’A. Michel Angeli, atteint un sommet. On oublie la difficulté diabolique de «Chasse-neige» et la pianiste fascine, tout simplement, dans les Rhapsodies hongroises. Là encore, comme dans l’Etude n°3 de Serge Rachmaninov, offerte en bis, on pense aux plus grands interprètes, mais évitons les comparaisons qui masquent un jeu au lieu de donner l’idée de sa splendeur. Souveraine, elle conclut avec J. S Bach et ce bel adagio composé à partir d’une pièce de Marcello. Ajoutons que la veille, à l’occasion d’un concert plus court mais similaire à celui-là, organisé dans le cadre d’Animato, Sofya nous réserva une surprise : dans un total oubli de soi, elle présenta un jeune pianiste canadien de treize ans, Tristan Tao, premier prix et Médaille d’or du concours Bösendorfer junior, Arizona 2011. Programme : Bach-Liszt, Prélude et fugue en la mineur, S. 462/1 puis La Toccata op. 11 de Serge Prokoviev, puis Ständchen de Schubert-Liszt, et, excusez du peu, La Rhapsody in Blue de Georges Gerschwin. Avec une puissance incroyable, des traits horovitziens, Tristan n’est qu’aisance et bonheur de jouer ; une sacrée personnalité à suivre ! Merci, Sofya !

Une question : qu’attendent, en France, les organisateurs, les maison de disques, les festivals, les radios, pour faire entendre Sofya Gulyak qui se produira, à Strasbourg, dans le premier concerto de , sous la direction de Théodor Guschelbauer.

Crédit photographique : © Sofya Gulyak