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Macbeth agent immobilier

Ce Macbeth, importé de Novossibirsk, avait été très fortement hué et critiqué lors de sa présentation à Paris. La vision de , loin d’investir l’immense plateau de Bastille, avait de quoi déconcerter.

Curieusement, une fois fixé sur vidéo, avec l’aide de l’inusable Andy Sommer, ce drame shakespearien passé à la moulinette romantique gagne en grandeur. Effet des micros ou prise faite en fin de série de représentations, la voix de Dimitri Tiliakos est bien plus large, l’orchestre sonne bien plus symphonique, mais et ne peuvent faire oublier, par des aigus poussifs, criards et souvent instables, le poids des ans. excelle, le chœur est en grande forme, bien que malmené par la mise en scène.

Effectivement Tcherniakov n’y va pas de main morte. La forêt, les châteaux, la lande écossaise, … à l’instar de l’excellent Dialogues des carmélites, sorti simultanément, les lieux d’origine du livret sont évacués au profit d’une lecture radicalement contemporaine. L’empire sur lequel Lady Macbeth installe son mari est un lotissement. Le metteur en scène fustige sa propre société (et règle ses comptes ?) de promoteurs immobilier véreux et mafieux, blanchissant leurs argent gagné facilement dans de vastes projets de lotissements impersonnels, vendus avec crédits à taux plus que révisables. Macbeth et Banquo sont associés, mais Lady Macbeth, assoiffée de pouvoir, obtient l’élimination du comparse. Macduff est le représentant des petits propriétaires spoliés. Symbolique un peu lourde, Macbeth meurt sous les gravats de sa riche demeure…

Si avec la caméra le propos de Tcherniakov passe mieux, cet éloignement trop prosaïque de l’original et cette obsession de faire chanter le chœur hors scène (tout le finale) agace irrémédiablement. Le travail théâtral est génial, mais point trop n’en faut. Cette production n’est pas la meilleure, loin de là, du metteur en scène enfant terrible de l’art lyrique.

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