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Biopic chorégraphique en hommage à Martha Graham

Pour la première fois en France, une compagnie brésilienne rend hommage à à travers une biographie dansée. Ce genre valait-il vraiment d’être inventé ?

José Possi Neto, le metteur en scène et Anselmo Zolla, le chorégraphe de la compagnie Studio 3, basée à Sao Paulo, n’avait pas l’ambition de reproduire sur scène l’œuvre de , mais plutôt d’évoquer sa vie d’artiste et de femme. La vie des chorégraphes, absorbés par le travail quotidien du studio, est-elle suffisamment romanesque pour en faire une biographie ? Traversées par des drames ou des coups de théâtre, celles de Nijinski ou de Noureev justifient ce type de projet. a traversé le XXème siècle au bras de trois hommes : son père, d’abord, puis Louis Horst, son mentor et enfin Eric Hawkins. Ces trois figures apparaissent fugacement dans Martha Graham Memorias, le ballet qui lui est consacré par la compagnie Studio 3.

Chronologique, le déroulement dramaturgique suit, scène après scène, la vie de la chorégraphe, de l’enfance à la mort, sans distinguer clairement les étapes de sa carrière et de sa vie de femme. Procédant par touches évocatrices, le metteur en scène et le chorégraphe distillent quelques repères visuels qui permettent de suivre les différents tableaux. Le choix de faire incarner Martha petite fille, puis jeune danseuse et enfin amoureuse par diverses interprètes féminines ne facilite pas non plus le travail d’identification du spectateur. Une figure émerge cependant de la troupe, celle de Vera Lafer, directrice artistique et fondatrice de la compagnie Studio 3, dont la silhouette et le grand chignon ressuscite une Martha Graham vieillissante avec beaucoup d’émotion.

Autour d’elle, la compagnie brésilienne est impeccable ! Dans les deux leçons de technique Graham distillée au cours du spectacle, dans les ensembles, duos et trios chorégraphiés par Anselmo Zolla, leur technique et leur style épuré font merveille. Ce sont d’excellents danseurs, que l’on aurait aimé voir en pleine lumière, plutôt que dans la pénombre dramatique de ce spectacle biographique.

Maîtrisé techniquement et chorégraphiquement, le spectacle souffre néanmoins de certains défauts. La musique, signée Felipe Venancio, d’inspiration indienne au début du spectacle, est souvent grandiloquente et diffusée à un volume exagéré dans l’enceinte du charmant Théâtre de la Porte St Martin. Les textes de Martha Graham, dits en voix off par Christiane Torloni, sont parfois incompréhensibles en raison d’un accent trop prononcé. Enfin l’ambiance lumineuse, volontairement sombre et obscurcie par un écran à l’avant-scène, ne facilite pas la mise en valeur de ces magnifiques danseurs.

Il serait intéressant de découvrir cette compagnie brésilienne dans un autre répertoire, peut-être l’année prochaine ?

Crédits photographiques © Silvia Machado