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Création de Vincent Manac’h par les Cris de Paris à Royaumont

En résidence à l’Abbaye de Royaumont depuis 2010, et leur chef avaient conçu un programme de concert autour de Babel, une œuvre d’envergure pour voix sans paroles et instruments de Vincent Manac’h que l’on pouvait entendre en création mondiale lors du deuxième week-end de la saison musicale Voix nouvelles de Royaumont.

Préfigurant le dispositif spatialisé de Babel, la première partie du concert consistait en un montage habilement réalisé de pièces vocales brèves exploitant la voix/source libérée de la parole. De la monodie de Scelsi – envoûtante Emilie Nicot – aux « instantanés » d’Aperghis diversifiant les formations et les situations d’écoute, les solistes des Cris de Paris ménageaient l’intérêt et la surprise avec une réactivité et une pertinence vocale épatantes. Parmi les oeuvres dirigées, un trop court extrait (Divertigo) du cycle Cristaux de temps d’ (voir notre chronique du 3-IX-2010) précédait Non-Dit de dans laquelle le compositeur tente d’explorer les capacités de la voix à imiter les phénomènes électro-acoustiques: une illusion par le son partiellement convaincante malgré l’évident investissement des interprètes. Hommage enfin à – à qui l’édition 2011 des Voix Nouvelles fait une large place – avec l’interprétation de Nuits pour 12 voix solistes, chef d’oeuvre inaltérable que Xenakis dédie aux « obscurs détenus politiques » et auquel il manquait ce soir un rien de raucité dans les voix et d’énergie sauvage au sein du groupe pour parvenir à la violence énonciative du cri.

En invoquant le mythe de Babel, Vincent Manac’h – compositeur et membre des Cris de Paris – se lance quant à lui dans une entreprise collective qui sollicite les forces vives de Royaumont: les deux ensembles en résidence ( et l’ de ) ainsi que les ateliers de l’Abbaye aux enfants (ceux de Gonesse). C’est avec eux et l’assistance technique de que Manac’h a travaillé à l’élaboration d’un choeur virtuel, une des très belles composantes de sa création. L’idée de Manac’h « d’inverser la Tour » consiste à tenter de réunifier, par le biais de l’écriture/suture, un espace éclaté comptant diverses sources sonores (vocale, instrumentale et électronique) réparties dans la salle : projet séduisant autant que risqué qui peine parfois à « fonctionner », en particulier dans les relais improbables entre voix et instruments à vent. En revanche, les jeux d’espace obtenus entre les douze solistes et le chœur mixte – Chœur Master Val d’Oise très impliqué – sont du plus bel effet tout comme l’intervention différée des voix d’enfants à travers les haut-parleurs amorçant une ultime séquence à fleur d’émotion entre l’électronique et les diverses parties solistes.

Crédit photographique : © DR