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Rattle, un moderniste narratif

aime l’orchestration schoenbergienne du Quatuor avec piano n°1 de Brahms ! Cette pièce, comme la Symphonie n°10 de Mahler, l’accompagne depuis ses jeunes années et il en laisse ici sa troisième version enregistrée après celles avec son Orchestre de Birmingham (1984 pour EMI) et après une captation vidéo captée par Euroarts en 2004 ! Sir Simon est donc incontestablement, le spécialiste de cette œuvre !  Avec le temps, Rattle parvient à décanter et à creuser cette orchestration en technicolor. À l’inverse d’un Eschenbach à  Houston (RCA) qui faisait sauter les décibels et les effets, le chef anglais est plus attentif aux équilibres et aux détails, comme s’il souhaitait débroussailler cette très libre interprétation de la fibre brahmsienne. Les teintes mates et les dynamiques assez saillantes de l’ rendent bien les aspects de la direction de leur directeur musical. On tient là, avec la lecture de Christoph von Dohnányi avec la Philharmonie de Vienne (Decca), le sommet de la discographie.

Dans la Musique d’accompagnement pour une scène de film, Rattle se fait narratif et raconte véritablement l’histoire du programme de la partition caché derrière sa logique dodécaphonique. Les ruptures du discours et les traits marquants de l’orchestration ressortent de ce travail à la fois intelligent tant intellectuellement que musicalement. Rarement la musique de Schoenberg aura été aussi dramaturgiquement séduisante dans la restitution de ses climats et de ses couleurs. On en vient à oublier la lecture de Boulez (Sony).

Dans la Symphonie de chambre n°1, Rattle présente, la version pour orchestre (Op 9/B), très rare au disque. Là encore, Rattle sait combiner le creusement vertical et horizontal du discours. La perfection technique de l’Orchestre berlinois fait un sort à cette partition dans un festival de virtuosité.

Avec la Symphonie n°9 de Gustav Mahler (EMI déjà), il s’agit du meilleur disque du tandem Rattle/Berlin. Considérant les grandes facilités du chef dans ce répertoire viennois, il serait intéressant de continuer à poser les jalons d’une intégrale  Schoenberg-Berg-Webern, au lieu de multiplier les disques (souvent inutiles) du chef dans le grand répertoire.

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