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Le retour des beaux-jours de l’opéra verdien

Si le temps qui passe érode nos monuments, abîme nos traits, il a parfois des retours qu’on ne peut que bénir. Ainsi en est-il des enregistrements qui faisaient le bonheur de nos discothèques de microsillons souvent disparus à l’apparition du disque compact. Ces prises de sons pourtant excellentes furent souvent délaissées parce qu’elles n’avaient pas eu les honneurs de la stéréophonie. Elles retrouvent aujourd’hui une seconde vie avec ces rééditions. Si au passage, les somptueux livrets avec les photographies et biographies des solistes sont réduits à peau de chagrin, le son de ces artistes d’alors revient sur le devant de la scène avec la restitution éclatante de leurs voix souvent oubliées.

Ainsi cet enregistrement de La Forza del Destino de Verdi avec une distribution comme notre époque n’est plus à même de réunir. Avec une de 33 ans au sommet de son art, qui offre sa « voce d’angelo » à une Leonora de rêve. L’entendre dans « La Vergine degli angeli » reste l’un des plus beaux moments de toute l’histoire de l’art lyrique. Quel phrasé, quels aigus, quelle voix, quelle puissance et quelle douceur ! Un véritable don du ciel.

A ses côtés, , le baryton verdien de référence pour tous les barytons actuels. Au-delà du timbre unique de sa voix, de la qualité de son chant, de l’authenticité de son engagement, l’extraordinaire diction, la clarté de l’articulation n’ont d’égales que les couleurs vocales qu’il peint sur son discours dramatique.

On pourrait aujourd’hui se contenter de deux personnalités de cette carrure pour porter un enregistrement aux nues. Ici, on ne s’est pas arrêté en si bonne voie. Avec le généreux , c’est un volcan qui chante. Bien sûr, la finesse n’était pas son principal atout, mais quelle voix. Jamais il ne triche avec son instrument. A ses côtés, l’impétueuse relève le défi de ces monstres sacrés en offrant une Preziosilla débordante d’énergie. Et ce n’est pas le duo de basses entre Fra Melitone () et Padre Guardiano () qui pourrait trouver le critique capable de douter de l’excellence de cette distribution.

Certes, les chœurs se retrouvent souvent en léger décalage avec l’orchestre. Etrange pour des individus dont l’opéra est une seconde nature. Peut-être la présence des plus extraordinaires solistes de cette époque les ont-ils impressionnés ?

La direction de , si elle n’a pas le génie des futurs Riccardo Muti, reste d’une grande solidité et offre l’avantage de canaliser la fougue artistique de ces têtes d’affiche pour laisser à Verdi la plus belle part : sa musique !

Un must pour toute discothèque verdienne qui se respecte.