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Le Tour d’écrou ou la trouble cérémonie de l’innocence

Deux ans après les représentations de Riders to the sea, la salle du Théâtre Louis-Jouvet se prête tout aussi admirablement à un autre opéra de chambre anglais. On pourra juger incomplète la vision qu’en offre l’équipe de l’Athénée, mais une atmosphère s’installe, et c’est le principal pour réussir The Turn of the Screw. Le décor figurant des herbes hautes et les quelques meubles et objets, bien éclairés, suffisent à évoquer le jardin ou la maison. La mise en scène d’ s’appuie largement sur les personnages de Quint et de Miss Jessel, qu’il voit non comme des fantômes, mais comme « des personnages de la saga Twilight, c’est-à-dire des esprits à l’apparence humaine et charnelle ». Parallèlement, la Gouvernante apparaît comme résolument saine d’esprit, luttant avec fermeté contre des tentatives de corruption qui semblent bien réelles, quoique assez indéterminées. L’œuvre est évidemment plus riche d’ambiguïtés. Néanmoins, on ne peut nier l’efficacité de cette réalisation ingénieuse et soignée.

Les jeunes musiciens de l’ interprètent excellemment une partition de chambre dont l’habileté ne finit jamais de surprendre. Les entrelacs de thèmes chromatiques et de motifs de comptines sont clairement rendus, l’architecture est toujours sensible. On pourrait imaginer toutefois des couleurs plus finement ciselées. Le chef conduit la troupe avec tact et énergie, atténuant les disparités entre les chanteurs. Si la présence d’enfants est toujours le meilleur choix, on trouve en effet beaucoup moins de présence et de consistance chez la jeune Flora que chez l’étonnant petit Miles. Tous les deux (comme leurs camarades qui chantent les rôles en alternance) sont issus du Chœur Maitrisien du Conservatoire de Wasquehal, dirigé par Pascale Diéval-Wils. Dans une vision, comme on l’a dit, univoque du personnage de la Gouvernante, Chantal Santon Jeffery propose une interprétation remarquable sur le plan vocal et stylistique. Ses comparses féminines incarnent leur rôle avec justesse, mais c’est le superbe Peter Quint de qui impressionne le plus. Il réussit à faire passer dans sa voix sombre et insinuante les désirs secrets qui rendent cet opéra étrange et fascinant.