ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Gustavo n’a peur de rien, vraiment de rien

C’est avec l’ dont il est le chef en titre depuis 2007 que nous revient chez son éditeur DG dans un programme où les piliers du répertoire symphonique scandinave, Sibelius et Nielsen, côtoient l’ultime chef-d’œuvre de Bruckner. Connaissant le tempérament latin spontané et jouissif de ce chef au talent précoce, on ne pouvait qu’être curieux de l’entendre dans ces œuvres a priori loin de son ADN, mais pas forcément de ses affinités.

Que ceux qui sont partisans d’interprétations strictes, aux tempos réguliers à l’intérieur des mouvements, au rubato parcimonieux voire absent, passent leur chemin, car ils risquent d’être plus d’une fois froissés par la liberté que prend le chef, non avec les notes, mais avec l’agogique, osant des écarts importants entre les sections adjacentes d’un même mouvement, creusant la progressivité des transitions, marquant nettement les respirations. Le fait-il avec trop de spontanéité ou d’insistance, toujours est-il que certains de ces traits peuvent ne convaincre qu’à moitié, en particulier dans les CD 1 et 2 consacrés à Bruckner et Sibelius. Il y a dans les deux cas une alternance de réserve et de solennité dans des passages très retenu, avec des engagements furieux où certains pourront dire que le chef fait cracher les décibels, et qui, mis bout à bout, déséquilibrent un peu chaque œuvre. On n’en condamnera certainement pas les intentions, d’autres grands chefs ayant prouvés que ce style dynamique et contrasté pouvait parfaitement fonctionner, mais on pourra penser que la réalisation n’a pas tout à fait atteint le parfait niveau d’intégration, de fluidité et de naturel à même d’emporter l’auditeur avec lui. Gageons que ce style est sans doute plus propice à une écoute en salle qu’à celle du disque qui en amoindrit vraisemblablement l’impact immédiat.

Mais si Sibelius et Bruckner pouvaient parfois laisser perplexe tout en impressionnant par ailleurs, les deux symphonies de Nielsen trouvent en Dudamel et son orchestre suédois défenseurs plus immédiatement et complètement convaincants, sans doute encore plus dans une énergique et très vivante cinquième qu’on recommandera sans hésiter à ceux qui ne connaissent pas encore les symphonies de « l’autre maître » de la musique nordique. Difficile en effet de résister à ce premier mouvement Tempo guisto et son rythme de plus en plus obsédant, avec en son cœur un pupitre de percussions particulièrement giusto qui lance la symphonie de la meilleure manière qui soit. Ce beau niveau d’inspiration et de réalisation orchestrale, où l’équilibre entre chaque groupe instrumental est remarquable, tiendra sans faiblir jusqu’à la fin avec un Dudamel complètement à son affaire lorsqu’il faut soutenir le rythme et la pulsation inhérente à cette oeuvre. L’Inextinguible se défend bien car on y retrouve toute l’énergie que le chef sait mettre dans sa direction, comme l’ampleur de la dynamique qu’il insuffle à son orchestre, et les passages rythmés et énergiques sont du niveau de réussite de la symphonie n°5. Toutefois on pourra sentir un certain déficit de caractère ici où là lorsqu’il faut jouer plus finement sur des variations de climats et d’ambiance, et plus seulement sur l’énergie et le rythme.

Edité séparément, le CD consacré à Nielsen aurait sans doute été recommandé comme versions à connaître pour découvrir ces œuvres. Complété par un Bruckner et un Sibelius, aux qualités toute « dudameliennes » mais encore perfectible et qui n’atteint pas le niveau d’achèvement des meilleurs réalisations discographiques, l’album apparaît plus comme un jalon d’une probable brillante carrière, documentant le « jeune Dudamel » comme on parle aujourd’hui, avec le recul du jeune Karajan ou du jeune Celibidache.