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Envoûtante Rusalka à Montréal

L’Opéra de Montréal sort une fois de plus des sentiers battus avec Rusalka, le chef-d’œuvre opératique d’Antonín Dvořák.

On se souviendra qu’à la saison 2009-2010, Cendrillon de Massenet, cet autre conte de fées, avait charmé le public montréalais. Mais ici, pas de transposition malencontreuse d’époque terre-à-terre, de détournement d’identité usurpée avec relecture au second degré, qui auraient pu détruire la magie du conte originel. La mise en scène d’Eric Simonson, nous plonge d’emblée dans des univers parallèles d’une acuité étourdissante. La direction d’acteurs de est vive et d’une grande efficacité scénique. Les vidéos projetées de rendent la scène toujours vivante et en mouvement, – effets stroboscopiques d’oscillations de l’onde, apparitions furtives de paysages lacustres et terrestres, rehaussées par des jeux de lumière toujours en situation – et toutes les prouesses technologiques contribuent à donner une dimension onirique aux personnages. Et si parfois on peut se sentir noyé dans de telles profondeurs pélagiques, cela sied parfaitement à l’œuvre, dans une vision imaginée et voulue par les concepteurs. L’astre lunaire, immense, qui apparaît durant le fameux air, devient la grande sœur tutélaire, confidente céleste autant qu’invocation à la déesse Séléné. Il est inutile de se plaindre de la surabondance de richesse ainsi déployée.

Les chorégraphies élaborées par et de contribuent à densifier l’univers de magie qui règne dans cette œuvre. Enfin, les costumes conviennent aux personnages et sont en général originaux, sauf peut-être celui de la sorcière Jezibaba, – on pense inévitablement à l’une des sorcières dans Macbeth – hobereaux un peu trop convenus et ceux du Prince, en chasseur-safari au premier acte ou en smoking aux deuxième et troisième actes.

Au Royaume aquatique de Vodnik, il y a aussi abondance de richesse du côté des voix. Une distribution de haut calibre : en premier lieu, . La soprano américaine incarne une Rusalka envoûtante. Une tessiture égale sur tout l’ambitus, des aigus percutants mais aussi une fragilité qui souffle le chaud et le froid. C’est le parcours de la petite sirène accrochée à son rocher, qui sort enfin de sa coquille, à la rencontre d’un cœur humain trop humain. La prière à la lune, l’air le plus célèbre de l’opéra, devient page d’anthologie.

Le ténor dans le rôle du Prince partage avec sa partenaire l’excellence de son jeu scénique et la voix chatoyante convient à l’amant conquérant. Le rôle de la sorcière Jezibaba est assuré par Liliana Nikiteanu, superbement en voix. La basse en Vodnik, est idéal dans ce rôle avec ses graves percutants. Enfin, la soprano en Princesse étrangère montre ses talents autant de comédienne que de chanteuse par un tempérament de feu.

Tous les seconds rôles sont bien tenus. Soulignons la maîtrise des trois Nymphes, Chantale Nurse, Aidan Ferguson et et le Chasseur de Pierre Rancourt.

Les chœurs de l’Opéra de Montréal, sous la direction de Claude Webster font des merveilles. , attentif aux chanteurs, communique sa passion pour cette partition sublime à l’. Une réussite sans faille. À voir et à revoir absolument.

Crédits photographiques : © Yves Renaud

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