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Aucassin et Nicolette de Paul Le Flem

a traversé le XXe siècle et ses courants musicaux, de l’enseignement de la Schola Cantorum jusqu’à l’atonalité,  avant de nous quitter à l’âge respectable de 103 ans. En 1909, c’est pour le théâtre d’ombres chinoises qu’il acheva son premier ouvrage lyrique, Aucassin et Nicolette, inspiré d’une légende médiévale et composé pour un orchestre de chambre réunissant cordes, harpe, piano et orgue. Malgré son apparente simplicité, la partition ne manque ni d’imagination, ni de charme, et justifie pleinement cette résurrection par le disque. L’écriture vocale est profondément marquée par l’influence de Pelléas et Mélisande, tandis que la subtilité harmonique renvoie au meilleur de l’école française en évoquant à plus d’une reprise Ernest Chausson ou Vincent d’Indy. L’œuvre témoigne par ailleurs d’intéressantes fusions : celle de la légende languedocienne et des motifs celtes chers au compositeur, celle aussi du style ancien et du langage moderne.

, directeur musical de l’, mène ses troupes avec conviction et précision, restituant toutes les ambiances de la partition, tandis que les Solistes de Lyon font apprécier leur discipline et la qualité de leur prononciation. Dans le rôle central du récitant, trahit des tensions dès le prologue et peine à mettre le texte en clarté. campe un Garin autoritaire mais vocalement fatigué, au contraire de Katia Velletaz qui apporte beaucoup de fraîcheur dans l’intervention du pastoureau. D’une voix cristalline, chante une tendre Nicolette face au valeureux Aucassin de . Le jeune ténor, âgé de vingt-sept ans seulement, confirme une nouvelle fois les espoirs placés en lui, que l’on considère la qualité du timbre, la diction ou le scrupule stylistique.

Aves Aucassin et Nicolette, a signé un  ouvrage lyrique de dimension et d’ambition modestes, mais tous les amoureux de l’école française du tournant du XXe siècle feront leur profit de cette chantefable de bout en bout passionnante, ce qui lui valut d’être transposée à la scène comme un véritable opéra en 1924.