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La Nuit de Nantes

Créé en Suisse (à Vevey) en octobre 2010, le conte musical L’Enfant et la nuit débarque en France sur l’initiative d’Angers-Nantes Opéras. Production légère (4 instrumentistes, 3 chanteurs, 2 comédiens, un choeur d’enfants), c’est l’exemple idéal de spectacles pour une décentralisation lyrique sur de petites scènes en région.

Le propos de l’oeuvre est simple et à vrai dire plutôt mince : la peur du noir, de la nuit, de ses mystères et ses cauchemars. Sur le même thème, en opéra pour enfants nous avons déjà Where the Wild Things are d’Oliver Knussen d’après Max et les Maximonstres de Maurice Sendak. élabore un livret basé sur cet imaginaire, mais pour une fois l’enfant (Virgile) n’est pas un garnement. Son errance dans la nuit (suite à une promesse faite à sa petite soeur, pour la rassurer du noir et de l’absence de leur mère, malade) lui fait rencontrer la Reine de la nuit, Noctilia, et son médecin à la recherche d’un élixir de jeunesse éternelle, Evariste. Les larmes d’un enfant au coeur pur permettront d’élaborer cet élixir, Noctilia et Evariste ont déjà emprisonné dans leurs rêves plusieurs enfants à cet effet. Il faut donc faire pleurer Virgile, mais tout ne se passe pas comme prévu…

Le scénario est original, mais il suinte de bons sentiments. Evidemment une certaine morale doit prôner dans ce genre d’ouvrage pour jeune public, néanmoins cela n’empêche pas de concevoir des scènes suscitant la peur ou l’angoisse – les grands classiques pour la jeunesse en regorgent. Se succèdent des scènes comiques ou burlesques, certes bien ficelées et qui touchent leur public. La musique de est du même acabit : bien écrite pour les voix, elle ne se permet aucune entorse, aucune expérimentation, bref aucune dissonance, si ce n’est un embryon de jeu musical autour de l’air de la Reine de la nuit (de La Flûte enchantée de Mozart). Et un petit regret, celui de ne pas plus solliciter l’ensemble de la Maîtrise de la Perverie, qui dans ses quelques interventions se révèle être un ensemble de premier plan.

L’ensemble des solistes, enfants comme adultes, relèvent le défi avec professionnalisme, bien que le vibrato excessif de Sandrine Sutter gêne la compréhension. Les équilibres sonores entre voix d’adulte et vois d’enfants, si difficile à atteindre, sont gérés au mieux, le tout bénéficiant du soutien solide des quatre instrumentistes. L’aisance scénique de ces jeunes gens – toujours aux commandes, qui se révèle être un bon directeur d’acteur – est stupéfiante. Quant à la scénographie, miroirs, néons et plateau tournant. Non ce n’est pas du Olivier Py, mais on retrouve ici la marque de fabrique de son décorateur attitré, .

Bien qu’un peu trop imprégnée d’un sentimentalisme de bon aloi, cette production de L’Enfant et la nuit par son accessibilité, ses moyens peu élevés de production et son écriture artistique adaptée qui peut trouver facilement son public et ses interprètes.