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Cinq ryoanji, hommage dansé à John Cage

Avec cette chorégraphie et, dans le même temps, ce concert, nous fait faire un pas vers l’univers du compositeur américain grâce à une vision poétique et non rhétorique. Cette approche sensible qui laisse toute liberté au spectateur lui donne sans doute quelques clés pour appréhender aussi une certaine vision orientale du monde, puisque écrivit cette partition en s’inspirant des jardins d’un temple zen de Kyoto.

Le cadre d’abord : un bassin « d’eau noire », entouré d’un rebord blanc élégant mais épuré, cinq musiciens qui sont mobiles, disséminés d’une façon irrégulière, cinq danseurs qui s’approprient l’espace du bassin, disparaissent ou bien occupent celui des musiciens, et enfin le maître de cérémonie, le percussionniste statique Ninh Lê Quan, qui frappe en même temps de ses baguettes cinq objets sonores choisis avec soin. Les éclairages varient avec subtilité, et le public, plongé dans le noir ou au contraire en pleine lumière, participe au spectacle. Les trois sources qui diffusent des sons enregistrés, comme l’a prévu , le déplacement furtif des musiciens, éclairés ou non, tout concourt à demander au spectateur un effort d’imagination et à trouver son propre chemin dans cette partition dont les événements musicaux sont tirés chaque soir au hasard : on sait que le compositeur aimait les dés du Yi Jing.

La chorégraphie fait alterner les moments de frénésie avec les temps de recueillement ; que ce soit en solo ou en groupe, les danseurs s’agitent en mimant souvent des gestes du quotidien, ou bien adoptent des postures qui ne sont pas sans rappeler celles du yoga, en particulier des postures de fermeture qui ressemblent à celle de la pince. Ainsi toute la vie est là avec ses deux versants, l’intériorité et l’ouverture plus agitée, la lenteur et la frénésie. John Cage, qui aimait la fantaisie et les clins d’œil surréalistes, n’aurait pas renié les costumes simples et parfois un peu provocateurs : la couleur rouge par petites touches donne du piquant à cette cérémonie orientale rythmée par le séduisant gong au son composite.

Crédit photographique : © Sylvain Thomas