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Pollini et les modernes

En parallèle d’une nouvelle lecture du Concerto n°1 de Brahms, DGG propose de belle rééditions de ses « archives Pollini ».  Ce boitier consacré aux enregistrements d’œuvres du XXème siècle par est une des parutions que Deutsche Grammophon nous propose pour célébrer les 70 ans du pianiste milanais qui, depuis plus de quarante années est resté fidèle à la fameuse étiquette jaune. Il commence d’ailleurs par le célébrissime Petrouchka qui se trouve être le premier enregistrement réalisé par en 1971 pour DG, disque qui marqua les esprits et devint instantanément une sinon la référence discographique de l’œuvre, position qu’il occupe toujours aujourd’hui. L’intérêt pour la musique de son temps que manifestait Pollini dès le début de sa carrière ne s’est jamais démenti depuis, et tout au long de sa vie de concertiste il agrémenta ses programmes de nombreuses œuvres contemporaines dont certaines furent écrites pour lui, comme celles de Nono et Manzoni présentes dans cette édition. Il est à noter que, si DG a bien regroupé dans ce coffret tous les enregistrements Pollini XXème siècle de son catalogue, le répertoire du pianiste est bien plus étendu, comme les séries de concerts « Pollini Perspectives » en cours salle Pleyel le montrent encore aujourd’hui.

Rien de nouveau dans cet album anniversaire, puisque le plus récent enregistrement date de 1998, reprenant comme c’est la mode aujourd’hui, les pochettes originales recto verso des 33 tours, ce qui rend assez difficile la lecture de certains versos. Que du connu donc, allant de la référence « indéboulonnée » depuis sa parution, à de l’excellent même si plus concurrencé par les réalisations d’autres pianistes. Dans la première catégorie nous classeront, sans faire de détail, les enregistrements du trio de l’Ecole de Vienne, avec un disque entier consacré à Schoenberg reprenant l’ensemble inégalé des Klavierstüke captés en 1975, augmenté du Concerto pour piano où Pollini retrouve en 1990 son compère de toujours, , alors patron du Philharmonique de Berlin, pour une des références de l’œuvre.

On l’a dit, peut être référence pour l’éternité, le Petrouchka est incontournable, comme la Deuxième sonate de Boulez, même si le pianiste la joue différemment aujourd’hui qu’en 1976. Enfin, les enregistrements Nono et Manzoni sont sans concurrences. Le disque Bartók en a plus, surtout plus de 30 ans après sa parution, mais sa réussite reste évidente, spécialement dans le deuxième concerto particulièrement inspiré.

Dans la seconde catégorie, nous classerons la Sonate n°7 de Prokofiev et les deux derniers disques de cet album consacrés à Debussy, les Etudes et les Préludes Livre I. La concurrence, entre autre, des pianistes russes est forte dans la première, mais la formidable virtuosité du jeune Pollini de 1971 qui fait littéralement ce qu’il veut de son  piano, alliée à une vision sobre où tout débordement est proscrit et malgré tout expressive en fait tout l’intérêt et la personnalité, impressionne l’auditeur et lui garde une place parmi les meilleurs enregistrements de cette sonate. Les Debussy feront sans doute moins l’unanimité car on y sent comme une distanciation toute « pollinienne » qui pourra en laisser certains de marbre, mais on recommandera quand même d’y jeter une oreille attentive, car on y trouve une réalisation dans son style exemplaire et très intelligente de Pollini qui apporte, en particulier aux Préludes, un éclairage hors de toute routine.

Alors pour ceux qui n’auraient pas déjà, en disque séparé, tout ou partie de ce coffret, voilà donc un album idéal pour se constituer une discothèque solide, avec certaines des meilleures réalisations d’un artiste exemplaire, qui resteront probablement encore longtemps des références incontournables.

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