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Le piano russe et soviétique chez Melodiya

Annoncée lors d’une imposante présentation, à Moscou, en janvier dernier, l’anthologie du piano russe et soviétique, de Melodiya, connaît ses deux premiers volumes.

Dans le premier volet quatre interprètes défendent cinq partitions de quatre compositeurs dont les trois premiers apparaissent assez souvent à l’attention des mélomanes. , élève de Glière, Liadov et Rimski-Korsakov, représentants du classicisme russe où domine la marque de Tchaïkovski, connut son heure de gloire dans les années 1920 et fut qualifié de « conscience musicale de Moscou » grâce à un langage accessible, ce qui ne l’empêcha pas d’être victime d’une purge antiformaliste en 1948. Sa courte Sonate n° 3, op. 19, de 1920, offre un déroulé mélodique clair où l’émotion et un certain pessimisme ont leur place, ce qui la rapproche du Beethoven de la Sonate en ut mineur dite « Pathétique ». , par trop méconnu et dévalué, est représenté par sa Toccata (1932), miniature colorée et chantante mais vite étouffée par le massif impressionnant des 24 Préludes op. 34 que son contemporain , lui aussi opprimé par la dictature soviétique, élabora au cours des années 1932-1933. Le jeune pianiste Andrey Korebeynikov les aborde avec hauteur et probité faisant clairement ressortir les multiples facettes de l’inventivité d’un Chostakovitch pas encore trentenaire. Le décrié , musicien officiel de l’URSS, joue lui-même ses Cinq Pièces pour piano, op. 2 (1933) et ses Trois Pièces pour piano, op. 5 (1934-1935). Bien qu’inférieures en richesse et en variétés inventives aux contemporains Préludes de Chostakovitch, elles nous apportent la confirmation que cet artiste, aujourd’hui déshabillé de sa gloire politique partisane, était un authentique pianiste et compositeur. Ce premier volet ravive donc un pan passionnant et douloureux à la fois de l’histoire soviétique. Le temps de l’histoire supplante à présent celui de l’actualité : l’objectivité artistique a tout à y gagner.

Pour le second volume de son anthologie pianistique russe et soviétique le label Melodiya nous invite à la confrontation-découverte (pour le plus grand nombre d’entre nous probablement) avec six musiques écrites entre 1951 et 1967. Comme pour la précédente réalisation le label russe nous propose d’écouter cinq jeunes pianistes locaux, ignorés des médias internationaux mais néanmoins de premier intérêt par la qualité admirable de leurs interprétations. Mis à part Mieczyslaw Weinberg et , moins méconnus que leurs autres collègues et marqués par une certaine modernité, les œuvres sélectionnées sur ce disque présentent diversement des touches de folklorisme, de classicisme, de motorisme, d’élans populaires ou non. Cette plongée dans le moins fréquenté nous rappellera que nombre d’instrumentistes et compositeurs à chaque génération œuvrent, parfois au grand jour, souvent dans l’ombre et l’isolement, au profit de musiques auxquelles ils croient sincèrement avec l’espoir de gagner l’attention et la reconnaissance de leurs auditeurs potentiels.

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