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Les huit Solos de Patrick Marcland

Les huit solos constituant cet album monographique de sont, comme chez Berio, souvent écrits à l'adresse d'un virtuose et ont pratiquement tous leur « histoire » dans la mesure où ils confrontent l'interprète soliste avec, ici, l'espace scénique, là, l'image, le mouvement chorégraphique, ou encore la temporalité d'un poème: une volonté de la part du compositeur de « mettre en scène » la musique et d'en conduire le mouvement en rapport avec un espace-temps spécifique. Ainsi Rythmes, Lumière, Espace pour flûte basse emprunte-t-il son titre au premier vers du poème de Dominique Le Buhan « Rythmes d'auprès » dont le compositeur dit avoir opéré la transmutation sonore à travers le tracé sinueux autant qu'obstiné d'une trajectoire à laquelle Emmanuelle Ophèle confère sa part de mystère et de sensualité. Cursif et fantasque, Alto-solo 1, écrit pour et destiné à sonoriser les images d'un court-métrage, met à l'œuvre l'énergie rythmique et les ressorts du mouvement, des constantes dans l'écriture du compositeur. Référence à la scène et à l'espace dans lequel se déploie la musique, Alto-solo II et Sax-solo (as Times goes by) – la pièce la plus récente de l'album – invitent l'électronique que aime parfois solliciter: dans Sax-solo, ce sont des séquences préenregistrées qui sont déclenchées par l'interprète pour creuser l'espace et donner à cette « ballade » la diversité de son paysage sonore; Alto-solo 2 est une partie prélevée d'une pièce pour six instruments et électronique, Eclipsis déployé, faisant appel à la transformation du son en temps réel. Jouant sur la démultiplication des figures dans l'espace, Marcland exerce là un art raffiné de la ligne que l'archet souverain de sculpte dans un espace continuellement mouvant. Si Stretto pour harpe, pièce de concours écrite en 1978, profile ses lignes architecturales de manière un peu guindée, Cello-solo est écrit pour le geste virtuose et théâtral de Pierre Strauch conférant à la ligne capricieuse et un rien obsessionnelle une variété de couleurs qui se nuancent à l'infini. Les deux dernières pièces sont associées à la danse et font partie intégrante de projets chorégraphiques. Dans The dancer, le son charnu et ambré de Pierre Stochl sur sa contrebasse sempre pizzicatto et délicatement jazz, est soumis à une échelle de dynamiques et de couleurs d'une grande beauté. Du spectacle Walk, liant les deux écritures, chorégraphique et musicale, tire les quatre mouvements de sa Walk-Sonata; une pièce d'envergure pour violon solo qui ménage en son centre une section lente attestant l'intérêt accordé par le compositeur à la vie du son – attaque, entretien, texture – sans pour autant détourner le jeu violonistique. La frénésie du mouvement et la variété des trajectoires sont mises à l'oeuvre dans les autres parties avec une liberté de geste et une énergie qui rejoignent bien souvent celle de l'improvisateur.

 

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