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Brahms revisité par Joseph Swensen

Ne cherchez pas dans un quelconque ouvrage consacré à Brahms la présence de cette Sinfonia en si : elle n’est guère une redécouverte ou une résurrection, car nullement de la plume de l’illustre compositeur ! Tout le programme de ce CD est en fait constitué d’arrangements dûs au violoniste – chef d’orchestre qui les interprète ici.

Cette Sinfonia en si, ainsi dénommée par , est d’un double intérêt : d’abord il s’agit de l’orchestration du Trio à clavier en si majeur op. 8 de Brahms, mais en outre, pour l’élaborer, Swensen a choisi non pas la version définitive (1891) bien connue et habituellement exécutée, mais plutôt la plus rare partition originale de 1854, toute première œuvre d’envergure de musique de chambre d’un Brahms de 21 ans. Ce choix permet évidemment de mieux faire connaître ce premier jet plein d’ardeur spontanée et de juvénile fraîcheur du jeune compositeur, mais en même temps dévoile quelques gaucheries et longueurs élaguées dans la seconde mouture mieux équilibrée et proportionnée. Ces longueurs concernent surtout le premier mouvement en forme-sonate Allegro con moto, et paradoxalement elles sont mises en évidence dans interprétation de Swensen qui effectue la reprise d’une exposition longue de 5 minutes, portant l’entièreté du mouvement à près de 21 minutes. Brahms retrouvera une ampleur analogue dans le premier mouvement Allegro non troppo de la Symphonie n°2 en ré majeur op. 73.

D’un autre côté, l’orchestration de Joseph Swensen est si habile qu’elle atténue notablement les faiblesses de l’œuvre originale, et pour apaiser les éventuels scrupules des puristes, précisons que l’arrangeur a tenu à être fidèle à la lettre du texte initial « à un degré tel que chaque note de la partition originale a trouvé sa voie dans la version orchestrée. » Par conséquent, l’orchestre est utilisé comme instrument virtuose au même point que sont exploitées par Brahms toutes les ressources et limites instrumentales du piano.

À cette orchestration d’envergure du Trio à clavier op. 8, Joseph Swensen a fait judicieusement voisiner des arrangements de pages de la même époque, sans doute plus modestes, mais unissant ainsi les noms de Clara et à celui de Brahms, trio dont on sait l’amitié parmi les plus fortes de toute l’histoire de la musique. D’ailleurs on peut associer un autre nom à cette magnifique amitié, puisque les œuvres en question sont autant de cadeaux offerts au fidèle violoniste (1831-1907). Les Trois Romances pour violon et piano op. 22 (1853) de (1819-1896) n’ont pas à craindre de pâlir en présence de la fameuse Sonate « F-A-E » pour violon et piano (octobre 1853), œuvre collective due à Albert Hermann Dietrich (premier mouvement Allegro), (Intermezzo et Finale) et (Scherzo). À peine quatre mois plus tard, en février 1854, Robert Schumann constatait les premiers signes auditifs de la maladie qui allait le conduire inexorablement à la folie…

Si Joseph Swensen a orchestré l’ensemble des Trois Romances de , il ne l’a fait que pour les deux mouvements qu’il estime les plus réussis de la Sonate « F-A-E » : l’Intermezzo et le Scherzo, et cela toujours avec le même bonheur ; il s’y révèle d’ailleurs aussi superbe violoniste qu’excellent chef d’orchestre. Évidemment, on pourra toujours considérer comme discutable le principe même de ces orchestrations, mais on ne peut nier qu’elles sont accomplies de la manière la plus scrupuleuse, la plus habile et avec le plus grand talent. Aussi, libre à chacun de considérer qu’il s’agit – ou non – d’autres œuvres par rapport aux partitions originales.