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Rossini chez Actes Sud : un travail vertueux

Il n’existait, avant la parution de cet ouvrage, aucune biographie en français de , si ce n’est Vie de Rossini de Stendhal, truffée de contrevérités. Il faut avouer que la tâche n’était pas facile. L’homme, habitué des salons, cachait une réelle pudeur sous la boutade, le trait d’esprit, le jeu de mot, que certains prenaient et colportaient au premier degré. Le compositeur, véritable star de son époque, avait fait l’objet de tant de commérages, chacun y allant de son anecdote bien salée, qu’il était devenu très difficile de démêler le vrai du faux.

La famille Thiellay, père et fils, l’un agrégé d’histoire, l’autre vice-président la Caisse de retraite de l’Opéra de Paris et mélomane enragé, font donc œuvre de salubrité publique et remettent les choses à leur juste place, en commençant dès l’introduction à tordre le cou à plus d’un siècle d’affabulations. Non, Rossini n’était pas un paresseux génial, mais un travailleur acharné, non, sa musique n’est pas facile, non, Rossini n’était pas un dilettante, mais un précurseur angoissé.

La biographie qui occupe toute la première partie est admirable de rigueur. Les auteurs s’interdisent tout recours à l’invérifiable et s’en tiennent aux faits, rien qu’aux faits. Toute (rare) évocation d’une anecdote se fait au conditionnel. On aimerait souvent en savoir plus, comme par exemple ce qui se cache sous « Peu importe si la rencontre avec Beethoven, à supposer qu’elle ait eu lieu, est présentée comme un véritable loupé par quelques témoins ». C’est frustrant, mais il est probable que d’autres viendront plus tard étoffer cette base, qui par sa précision, se trouve d’une solidité à toute épreuve.

La seconde partie dissèque le caractère de Rossini, la façon dont il mena sa carrière, son humour, son goût pour les jeux de mots, sa gourmandise, ses relations avec les femmes, au travers de ses écrits. Là encore, nulle place pour l’enjolivement du conteur, tout au plus y ressent-on la ferveur de l’admirateur. La troisième partie, passionnante, s’interroge sur ses opinions politiques, lui qui fut à la fois le fils d’un agitateur emprisonné pour ses idées progressistes et le serviteur des Bourbons.

On entre ensuite dans l’analyse de la musique du cygne de Pesaro, du fameux crescendo à la signification de la vocalise, et la révolution douce de l’opéra, qu’il conduisit du baroque finissant à l’ère romantique. Le livre se termine par un siècle d’oubli, de remaniements insensés, et l’avènement de la Rossini renaissance.

L’ensemble est complété par une chronologie, une discographie, une bibliographie et un index, le tout en un peu plus de deux-cent pages bien garnies ! Il s’agit d’un travail sérieux, talentueux, bien écrit, et mieux encore : un travail vertueux. À ce titre, ce petit livre est rigoureusement indispensable.

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