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Mahler pour la mémoire du 11 septembre

Les Américains possèdent majoritairement un sens développé de la nation. Les commémorations qui illustrent un calendrier soutenu en offrent régulièrement la démonstration. Leur ferveur ne semble pas feinte comme le prouve ce DVD filmé à l’intérieur du Avery Fisher Hall et à l’extérieur, sur la place du Lincoln Center de New York, où s’entassaient de nombreux auditeurs. L’orchestre de la ville, après une courte et émouvante  allocution de son chef, le très compétent et expérimenté , a exécuté la Symphonie n° 2, sous-titrée « Résurrection », de dont le contenu musical, le titre et les textes retenus exacerbent le contenu émotionnel et intellectuel de la soirée. Le grandiose premier mouvement Allegro maestoso (22’) avec ses avancées quasiment martiales, volontaires, répétées selon un schéma allant crescendo en puissance sonore et en impact psychologique, atteint un acmé terrifiant réquisitionnant tout l’orchestre avant de laisser place à un bref silence des plus impressionnants. Après un Andante moderato recueilli mais non désespéré suit un Scherzo libérateur d’une énergie redoutable. Mahler a choisi un extrait de Des Knaben Wunderhorn « O Röschen rot ! » pour structurer le cinquième mouvement Urlicht. La solennité du message (sous-titrage français bien utile) se trouve accentué par l’expression des visages du public souvent déformés, qui par l’émotion, qui par la douleur. La caméra insiste là-dessus, parfois au détriment de la concentration musicale qu’impose ce chef-d’œuvre symphonique post-romantique. Le chœur mixte très fourni, après avoir attendu silencieux et immobile pendant trois quarts d’heure, prend part au vaste dernier mouvement (40’) basé sur le texte de Friedrich Gottlieb Klopstock, en partie remanié par le compositeur. Ce Im Tempo des Scherzo résulte d’une habile construction rappelant celle du mouvement initial. Solistes, chœur et orchestre allient leur volonté au profit d’un crescendo extraordinaire où l’espérance d’une résurrection après tant de déréliction finit par s’imposer. Mahler qui avait dirigé en son temps cette phalange prestigieuse participe presque un siècle après sa mort (1911) au souvenir d’une ville meurtrie (2001) capable de renaître de ses cendres.

(soprano) et (mezzo-soprano) communiquent à leurs interventions le trouble et l’espoir que démultiplie  le Chœur de New York, parfaitement conduit par , maître souverain de la soirée magnifiée par un Philharmonique de New York fortement impliqué et efficace.

Un mariage fascinant de deux mondes scellés par la douleur et l’espoir.