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Retour aux classiques pour le National avec David Afkham

Sous la houlette de son nouveau directeur Jean-Pierre Le Pavec, actuellement à la tête des services de France Musique, le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon affiche ses nouvelles options, dirigées, semble-t-il, davantage vers la tradition et les valeurs sûres du répertoire. En témoigne le concert d’ouverture, somptueux au demeurant, célébrant Brahms avec les deux monuments que sont le Concerto pour violon et la Symphonie n°1 confiés au tout jeune chef allemand , à peine trente ans, à la tête de l’. Ce premier concert mettait en vedette l’artiste invité du Festival, , qui rayonnera durant toute la manifestation, avec d’autres archets virtuoses (Simone Lamsma, l’altiste Gérard Caussé…) ou en Sonate avec son collègue et ami Nicolas Angelich. Il assurera également la traditionnelle master-class publique (14 et 15 juillet) succédant à celle d’Aldo Ciccolini et dirigera, de son violon, l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon dans une soirée toute mozartienne.

En très grande forme, avait la tâche, exaltante autant que redoutable, d’ouvrir la soirée avec l’un des plus beaux défis lancé aux violonistes ; rappelons que Brahms écrit son concerto pour son ami virtuose Joachim en 1878, en pleine possession d’une écriture qui tend vers la puissance et la concentration. Des qualités que possède notre soliste, mettant à l’œuvre la vaillance de son archet et une énergie qui l’impose d’emblée face à un orchestre que l’on aurait souhaité plus précis et réactif. La sonorité nourrie et homogène, éminemment contrôlée, de l’artiste s’épanouit dans la cadence aux traits vigoureux du premier mouvement. L’Adagio central, introduit par le hautbois – remarquable Nora Cismondi  – met en valeur les aigus lumineux d’une sonorité conduite ici sans écarts, le violoniste obtenant de très belles couleurs au-dessus d’un orchestre plus fluide et dominé par les vents. Si l’Allegro giocoso manque d’éclat et de mordant dans ses ultimes péroraisons d’une puissance phénoménale, parvient à fédérer les énergies en maintenant l’équilibre des forces avec fermeté et rigueur. Parfait antidote à cette monumentalité, la très extatique Danse des esprits, extraite d’Orphée et Eurydice de Gluck que Renaud Capuçon offrait en bis à un public conquis, découvrait à nu l’extrême finesse des aigus de son Guarneri del Gesù, l’instrument de son maître Isaac Stern.

C’est à 43 ans que Brahms se décide à aborder la symphonie avec cette même appréhension qui avait tant de fois fait « trébucher » Schubert face au modèle beethovénien. Il élabore là une architecture solide autant qu’ambitieuse toute empreinte du souvenir de la « neuvième » et de son Hymne à la joie. Avec l’autorité du geste, si ce n’est la précision du détail, et une conception formelle irréprochable – il a été l’assistant de Valery Gergiev au LSO – David Afkham ménage durant toute la symphonie une très belle progression pour donner au Finale l’ampleur et la plasticité de sa pâte orchestrale. Si l’admirable premier mouvement manque d’attaques incisives et de clarté dans la polyphonie, l’Andante sostenuto s’anime des nombreux soli des vents et du premier violon – impérieux – au sein d’une texture foisonnante et bien vivante. L’Allegretto gracioso, typiquement brahmsien dans ses allures d’intermezzo, est moins réussi et un rien précipité avant l’imposant Finale dans lequel Afkham lâche la bride fort à propos ; les cuivres irréprochables dans l’introduction et la texture nourrie des cordes chantant le thème apportent le souffle brahmsien et la plénitude sonore enfin conquise.

Crédit photographique : © Chris Christodoulou