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Le quatuor Michelangelo et Philippe Cassard, ombres et lumières du romantisme

Le est composé de solistes et pédagogues de renommée, unissant épisodiquement leurs archets pour interpréter les grandes pages du répertoire. Fidèles professeurs de l’Académie de Musique Tibor Varga à Sion, les musiciens y dispensaient cette année encore des masterclasses d’instrument et de musique de chambre aux nombreux étudiants venus du monde entier. Le concert donné à Martigny était l’occasion d’entendre cette formation réputée, complétée pour l’occasion par le piano de , debussyste passionné et lui aussi professeur à l’Académie sédunoise.

Entourés des toiles fauvistes garnissant les cimaises de la Fondation Gianadda, le quatuor donnait en guise d’exergue une œuvre bien moins chamarrée, le Quartettsatz D. 703 de Schubert, mouvement initial d’une pièce restée inachevée. Et d’emblée, la fusion parait parfaite, naturelle, tant les intentions s’accordent pour rendre les affres de cette partition angoissée. Car le n’est pas de ces formations à la théâtralité démonstrative, cherchant la fusion par le geste. Au contraire, délaissant les effets de manche, les musiciens habitent le flux musical de l’intérieur, avec sérieux mais sans froideur. Leur écoute impressionne par la cohésion parfaite qu’elle rend possible. Et Schubert de devenir sombre, presque désespéré, le bouillonnement des voix intermédiaires semblant un halo de lumière pâle d’où émergent les fusées acérées du violon de Mihaela Martin, meneuse sobre et élégante.

Tout aussi ténébreux, le Quatuor n° 11 de Beethoven, sous-titré « Quartetto serioso » par son auteur, annonce les compositions de la maturité par ses expérimentations sonores et ses libertés tonales. Là encore, la fluidité de l’ensemble convainc : les archets s’accordent parfaitement, faisant ressortir les dissonances expressives et les ruptures puissantes qui jalonnent cette œuvre complexe dont le Final est un rai de lumière puissant transperçant la pesante atmosphère déployée jusque là.

L’arrivée de promettait beaucoup dans le Quintette pour piano de Schumann, chef-d’œuvre d’un genre relativement inédit à l’époque de sa création par Clara Schumann en 1843. Et le pianiste français n’a pas déçu dans ce symbole du romantisme musical, tant le moelleux de son jeu semble s’offrir aux cordes et promettre un retour à la clarté. L’Allegro initial est séduisant, parsemé de dialogues entre le violoncelle très juste de Frans Helmerson et l’alto timbré de Nuboko Imai. Dans la célèbre marche funèbre du deuxième mouvement, cette dernière cultive un son riche, granuleux, ou transparaît une lueur presque sélénienne. Mais le jour revient avec force dans le Scherzo, comme effaçant le souvenir d’un mauvais rêve, pour mieux amener le Final et sa double fugue conclusive, d’une clarté réconfortante.

Crédit photographique : Vincent Catala