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Les Machines à communiquer de Pierre Schaeffer

Sans être une biographie – qui reste à écrire – sur (1910-1995), cet ouvrage collectif réalisé sous la direction de Martin Kaltenecker et Karine le Bail, n’en découvre pas moins, pli selon pli, l’ampleur de l’activité de ce chercheur visionnaire et inclassable.

Engagé très tôt dans le mouvement des scouts catholiques, son premier terrain d’action, Schaeffer devient polytechnicien et musicien (il a été l’élève de Nadia Boulanger). Diplômé ingénieur électricien à 23 ans, il entre en littérature l’année suivante avec Clotaire Nicole. A 26 ans, à la faveur de dons musicaux attestés par son professeur, il intègre les services de la Radiodiffusion française et fonde l’association Jeune France, placée en 1940 sous le patonnage du gouvernement de Vichy; terrain fragile mais néanmoins fertile, et bientôt véritable laboratoire pour cet homme de communication, qui devient promoteur d’un art radiophonique avec le Studio d’Essai fondé en 1943 et inventeur de « l’objet musical pur » dans les locaux du Club d’Essai, 37 rue de l’Université, en 1948.
Un mot d’ordre est de rigueur : la Recherche, une oeuvre, dit-il, « qui devrait primer sur toute réalisation personnelle ».
Après la création du Groupe de Recherche Musicale en 1958 – cette « communauté d’écoute » qui l’aidera à écrire le Traité des objets musicaux – il est nommé à la tête du Service de la recherche (janvier 1960) où il doit réaliser, entre autres, « l’étude fondamentale des corrélations entre aspects artistiques et techniques des diverses manifestations audiovisuelles ». Il appelle alors de ses voeux « un art-science », « l’art comme acte de connaissance », qui prendrait le relai des sciences.

En treize entrées et autant de domaines embrassés par « ce constructeur impatient » et mis ici en résonance (le théâtre, la radio, l’image, la littérature, le son, les médias…), s’éclaire à mesure la trajectoire de vie gorgée d’énergie créatrice (L’expérience de Jeune France) et résolument orientée vers l’innovation ( Vers un réseau Outre-mer, Une pensée de l’image) de ce trouveur de génie (La musique concrète et ses appareils), homme de terrain, théoricien, créateur (La Coquille à planètes) et visionnaire (Médias et pouvoir à l’ère moderne) dont on mesure in fine l’universalité de la pensée.

Privé des documents du fonds d’archives « » à la suite d’un différend survenu avec l’ayant-droit de « l’inventeur de la musique concrète » – au sujet de son éventuelle participation à la propagande pétainiste -, ce livre à plusieurs mains recèle néanmoins une richesse étonnante de documents (articles, photos, dessins, manuscrits et partitions) issus d’autres fonds, qui rehaussent somptueusement le propos et confèrent un aspect aussi vivant qu’attachant à la lecture d’un ouvrage essentiel pour qui veut appréhender la personnalité multiple de cet expérimentateur tout azimut.