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Professor de Maud Le Pladec: à écouter avec le corps

En ouverture de sa saison au Centre Pompidou, l’IRCAM donnait Professor, un spectacle crée en 2010 dans lequel la chorégraphe propose une exploration dansée du triptyque de , Professor Bad Trip. La rencontre féconde avec la musique du compositeur italien – qui s’inspire ici des textes d’Henri Michaux écrits sous l’effet de la mescaline – fera naître, en 2011, avec la collaboration de , un second spectacle, Poetry, « extension dansée » de la pièce pour guitare électrique Trash TV Trans du même Romitelli.

Professor invite sur scène deux danseurs, Julien Gallée-Ferré et ainsi que le guitariste et performer Tom Pawells qui joue en live, au début de la Leçon 2, l’extraordinaire solo – que Romitelli confie dans sa partition à un violoncelle midi – avant de rejoindre ses deux partenaires dans un « pas de trois » très original.

Défiant le danger du pléonasme, dit vouloir « traduire physiquement tout ce qu’on entend », dans le détail de l’écriture du compositeur, pour en intensifier l’écoute. C’est le propos de la Leçon I où Julien Gallé-Ferré, dans une fluidité époustouflante, donne à voir le geste musical, dans son élasticité, ses tensions énergétiques et ses ruptures, dessinant l’espace avec la même anticipation du geste que celui de l’instrumentiste dans le feu de son interprétation. Les « boucles » et les processus mis à l’oeuvre dans la musique s’inscrivent dans la chorégraphie en une extrapolation visuelle très réussie.

S’ouvrant sur le solo de guitare de , la Leçon 2 est d’avantage un contrepoint dansé à la musique, avec, au départ, un jeu de l’ombre double plein d’humour, dans l’ambiguité des apparitions/disparitions des danseurs autour du rideau occupant le centre du plateau. Maud Le Pladec modifie le rapport danse/musique comme si le danseur, loin de maîtriser le flux sonore, en devenait ici la victime, harcelé voire agressé par les impacts saturés qu’il semble recevoir de plein fouet.

La Leçon 3 fait se rejoindre les trois protagonistes – Tom Pauwels, impressionnant, se glisse très naturellement dans la chorégraphie – qui débutent en silence, dans l’immobilité des corps et la lenteur du ralenti pour amorcer un jeu « d’expressions paroxystiques » assez saisissant, anticipant là encore les distorsions du matériau sonore à venir. Creusant les altérations de l’énergie qui traverse l’écriture romitellienne, la chorégraphe instaure un jeu de tension/flexion, crispation/détente, irruption/esquive, fonctionnant en boucle sur les émanations toujours plus flamboyantes de la musique.

On ne pouvait que regretter l’absence sur scène des musiciens – ceux de l’Ensemble Ictus par exemple qui ont accompagné le spectacle lors du festival Les Musiques à Marseille en 2012 – pour donner à cette vision hallucinée d’une musique dans l’excès du son un relief et une accroche plus émotionnels encore.

Crédit photographique : © Caroline Ablain