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Déodat de Séverac, solide musique de terroir à redécouvrir

Comment ne pas acquiescer aux commentaires de deux contemporains de  ? Une   musique qui « sent bon » selon Debussy ; une musique « pleine d’odeur du terroir, on y respire le parfum du sol », avance Pierre Lalo. En effet, , élève à la Schola Cantorum de Paris (1897-1907) de maîtres prestigieux de la trempe de Vincent d’Indy, Charles Bordes et Albéric Magnard, s’investit dans la fructification d’un art national centré sur les spécificités de sa province natale, le Lauraguais (Languedoc). C’est essentiellement au piano qu’il confie le meilleur de sa production lui offrant de magnifiques pages de toute beauté, souvent brillantes, parfois marquées d’audace et de virtuosité (le célèbre Ricardo Vinès les défendit en son temps).

Sa musique pour piano perpétue le souvenir d’un créateur fidèle à son terroir mais capable d’en dépasser les limites et gagner ses lettres de noblesse, aujourd’hui encore admirée et défendue avec brio par le pianiste de cette livraison, nommé . Ce jeune surdoué en mathématiques choisit en définitive la musique, le piano précisément, enseigne et dirige des master-classes, se  produit seul ou accompagné… Il défend une douzaine de pièces dont cinq morceaux de la suite Cerdaňa composée entre 1908 et 1911 et proposée  en création par la fameuse Blanche Selva à Bruxelles. Séverac inspiré par la Cerdagne nous livre une musique de « terroir » spontanée où se mêlent de jolies mélodies (parfois venues de thèmes folkloriques authentiques), de multiples rythmes et de nombreuses atmosphères plus ou moins pittoresques (Les Fêtes, souvenir de Puigcerda) ou encore bâties sur une inspiration capable de transcender les sources populaires comme l’émouvant et poétique Les Muletiers devant le Christ de Llivia. La dernière partie favorise la vivacité rythmique, dédicacée à Marguerite Long. Des extraits de En vacances (1911), petites pièces romantiques  nous rappellent les propos adéquats de Vladimir Jankélévitch qui y décelait un « carnaval en miniature habillé à la mode romantique ». Les autres morceaux délivrent  l’art délicat et varié de justifiant les mots de Vincent d’Indy qui voyait en lui « l’un des jeunes gens les plus doués que j’ai rencontré ».