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Archives du Semperoper de Dresde

Ce coffret, le troisième de la série discographique consacrée aux archives du Semperoper, présente la plupart des enregistrements wagnériens réalisés à Dresde au cours de l’immédiat après-guerre, essentiellement de 1948 à 1956.

Seule exception, une bande radio datant du printemps 1945 et qui permet de faire entendre, destinés aux soldats américains stationnés en Allemagne, deux extraits de Lohengrin avec le ténor . Il s’agit donc bel et bien d’une période de reconstruction, moins celle du théâtre qui avait été démoli par les bombes alliées en 1945 que celle de l’image du compositeur allemand, considérablement détériorée par l’utilisation désastreuse qui en avait été faite pendant la période nazie. Les années représentées sur cet album constituent ainsi une sorte de transition dans l’interprétation wagnérienne, à mi-chemin entre l’âge d’or des années 1930-1940 – la grande époque des monstres sacrés comme , , , Frieda Leider, , , Maria Muller, , etc. – et le renouveau incarné par le festival de Bayreuth à partir de sa réouverture en 1951. L’écoute de ces enregistrements permettrait presque d’envisager la pratique musicale du Semperoper comme un pré- ou un proto- « neues Bayreuth », comme tendrait presque à l’illustrer cette emblématique photo de Wieland Wagner et du directeur du Semperoper Günter Hausswald, prise sur le lieu du festival en 1949 lors d’une visite à Bayreuth de l’Opéra de Dresde. Certains des chanteurs représentés sur ces trois CDs, notamment les ténors , ou encore la basse Kurt Böhme, devaient d’ailleurs être régulièrement invités par Wieland Wagner au cours des premières années de son règne.

À l’évidence l’écoute des trois CD fait davantage valoir une riche tradition d’ensemble plutôt qu’un aréopage d’individualités fortement marquées. Certaines personnalités se détachent cependant des autres, comme par exemple l’incandescente , plus connue du grand public pour ses interprétations straussiennes (Salomé et Elektra, notamment), et que l’on découvre ici, fort bien chantante, en Isolde et en Elisabeth. Au rayon des surprises, on pourra ranger aussi le beau soprano lyrique, clair et percutant de Brünnhild Friedland, spécialiste des wagnériennes blondes (Senta, Elsa, Elisabeth, Sieglinde) même si elle était capable également, apparemment, de se donner en Isolde. Les plus dramatiques Margarete Bäumer et , toutes deux illustrées ici en Vénus, sont en revanche moins convaincantes en raison d’un vibrato insuffisamment contrôlé et d’une émission quelque peu instable. Chez les ténors, on se laissera surprendre fort agréablement par le Lohengrin juvénile de Hans Hopf, à l’aigu bien plus facile et à la ligne plus élégante dans ses jeunes années que dans les enregistrements discographiques qu’il nous a laissés à un stade plus avancé de sa carrière (le Tannhäuser avec Grümmer et Fischer-Dieskau, et même les Meistersinger de Karajan où il donnait la réplique à une Schwarzkopf un rien peu affectée). Pour certains, ce coffret sera la découverte du Heldentenor , plus à l’aise manifestement dans les emplois lourds (Tannhäuser, Siegfried) que dans les rôles plus lyriques comme Lohengrin ou Rienzi. Si la ligne du « Allmächt’ger Vater » de Rienzi se voit quelque peu bousculée, le sens de la narration au troisième acte de Tannhäuser est tout à fait exemplaire, et la caractérisation de Siegfried remarquable. Chez les voix graves, on ne s’étonnera pas de trouver suprême le Gurnemanz de Kurt Böhme, et l’on préfèrera le Wolfram stylé de au Sachs plébéien – dans le mauvais sens du terme – de Josef Herrmann. Belle découverte également que l’Amfortas d’Arno Schellenberg, superbement caractérisé. Chez les chefs, chacun assure par son métier et son savoir-faire, mais aucun ne dévoile une lecture d’une grande profondeur ou d’une grande originalité.

On l’aura compris, ce CD ne s’adresse en rien au néophyte qui voudrait se familiariser avec l’univers wagnérien. Mais pour le mélomane averti qui souhaiterait découvrir des nouveaux noms du chant lyrique des années 1940-1950, cet intéressant produit saura assurément faire l’affaire.

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