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Des C(h)oeurs à l’ouvrage par Alain Platel

Indiscutablement, cette œuvre  bouscule et sème le trouble. Seule une plus longue décantation, celle de la durée du spectacle y suffit malgré tout, dissipe plus ou moins le malaise ou l’agacement qu’elle génère dans un premier temps. Plus, sachant que les musiques qui sous-tendent cette chorégraphie d’ proviennent des deux immenses créateurs que furent (1813-1883) et (1813-1901), l’accolement d’une danse pour le moins originale et décalée, amplifie presqu’à l’excès l’étonnement, la déconvenue voire le rejet intégral.

Et pourtant on se convainc au fur et à mesure de l’avancement des scènes combien le projet du chorégraphe s’avère politique au sens le plus large du terme, mais aussi hautement provocateur et humaniste. Cette prise de conscience –indispensable- métamorphose l’analyse et les jugements administrés –non sans motifs- dans un premier temps. La métaphore critique, socio-politique, infiltre chaque tableau d’ensemble, chaque exécution des danseurs qu’ils s’expriment en solistes, en duos ou davantage. Certes de nombreux ingrédients ont tout pour heurter et même repousser le spectateur. Qu’on en juge ! Sur les œuvres des deux bicentenaires que l’on s’apprête à fêter nous sont infligées les sections suivantes :  sur Tannhäuser les danseurs tentent de remettre leur petite culotte (si ! si !), tous sont pris de tremblements généralisés incessants et incoercibles ; surviennent des hurlements avant le Dies Irae du Requiem de Verdi ; épisodes de mouvements menaçants et guerriers  de type Haka des rugbymen néo-zélandais ; gesticulations et déshabillage collectif ; ouverture permanente de la bouche des protagonistes comme dans Le cri de Munch avec comme dénouement l’obturation par le poing ; lancé de chaussures ; passages dansés statiques puis extatiques ; phrases parlées à visée politico-humaniste sans circonvolution sémantique ; long déplacement d’enfants « morts »…

On l’aura bien saisi, on débusquera dans ce spectacle bien des idées et des messages, bien des trouvailles chorégraphiques peu ou pas usitées. On se prend à acquiescer qu’il existe « une beauté de la laideur » et que la libre expression de toutes les individualités est et doit rester une prérogative intangible. Un constat, une révolte, un espoir ?  « Tel est le monde ici-bas » (Transtromer).

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