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Rosenkavalier de Noël à Berlin

Dans le système allemand du théâtre de répertoire, il y a reprise et reprise. Souvent, la routine menace ; parfois, au contraire, la venue d’artistes d’exception peut parfois justifier des efforts particulier, et cette reprise d’une production âgée de dix-sept ans entre sans aucun doute dans la deuxième catégorie.

Ce n’est certes pas comme chef d’opéra que est le plus connu ; pourtant, ces dernières années, il a volontiers traversé le Tiergarten pour venir diriger au Schillertheater, le très agréable théâtre où s’est repliée la Staatsoper pendant que le théâtre historique d’Unter den Linden est rénové de fond en comble. Comme en 2010 et 2011 avec L’Étoile de Chabrier, il y retrouve dans ce Chevalier à la rose son épouse , qui offre un Oktavian intense, parfois en difficulté avec la diction mais construisant une interprétation soigneusement pensée et modelée sur les moindres inflexions du texte. C’est d’autant plus appréciable qu’elle trouve en un partenaire également soucieux d’éviter la caricature : Linn livre du hobereau provincial un portrait qui ne manque pas de comique, mais sans jamais se départir d’un reste d’éducation aristocratique, comme le voulaient Strauss et Hofmannsthal.

La Maréchale de doit s’accommoder d’une voix désormais moins ample et moins chaleureuse, mais toujours ductile et juste. Cette évolution tire le personnage vers une vision moins noble peut-être du personnage, plus familière, qui n’est pas sans intérêt. Mais la vedette de la soirée est néanmoins sans conteste la Sophie d’, admirablement juvénile et séduisante. La voix est une chose, la qualité du jeu en est une autre ; le point commun, c’est l’intelligence de l’interprète, sa grande musicalité, sa capacité à s’investir dans une mise en scène rebattue. Cette mise en scène, il est vrai, favorise plutôt son personnage, en ayant à cœur de mettre en avant le martyre de Sophie au second acte : Brieger ne semble pas se satisfaire de l’habituelle comédie matrimoniale et souligne au contraire que derrière la banalité du mariage arrangé se cache une violence sociale qui est pour ses victimes tout sauf banale.

C’est d’ailleurs sans doute le meilleur élément du spectacle, qui semble avoir été remonté avec un certain soin : le livret de Hofmannsthal, il est vrai, n’est pas de ceux qui peuvent le plus enflammer la créativité des metteurs en scène ; Brieger et/ou les assistants qui ont remonté son travail livrent donc une mise en scène soigneuse, dont les décors blancs semblent vouloir concentrer l’attention du spectateur sur les personnages plutôt que sur les viennoiseries à la façon de celle d’ qui continue à être jouée à Munich et à Vienne. Les scènes intimes du premier acte y perdent peut-être par moments en variété, mais la comédie du troisième est habilement menée et réussit son effet.

La comédie est aussi un des points forts de la direction de , aidé par un orchestre stimulé par cette présence illustre. Les stéréotypes du chef symphonique amenant avec lui ses préjugés à l’opéra ne sont ici pas de saison : non seulement Rattle assure un soutien de qualité aux chanteurs, mais il ne noie pas le théâtre dans l’océan symphonique, dans les moments les plus bouffons comme dans les passages intimes. Pas plus que la mise en scène il ne semble tenir à surcharger l’enrobage viennois : un Chevalier aussi équilibré, qui plus est servi par des voix d’une pareille qualité, fait honneur à la diversité de l’abondante offre lyrique berlinoise.

Crédit photographique : (Sophie), (Oktavian), (Die Feldmarschallin) © Monika Ritterhaus

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