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Paillettes et claquettes à Metz pour My Fair Lady

La coutume à Metz a toujours été d’offrir au public un spectacle d’opérette pour la période des fêtes, et cette année c’est la comédie musicale de My Fair Lady qui a tenu l’affiche autour de Noël et de Nouvel an.

Rien de révolutionnaire dans la mise en scène, qui se situe avec bonheur dans la grande tradition des « musicals » américains des années 50. Dignes de Broadway, strass, paillettes, costumes de rêve, chorégraphies parfaitement réglés et numéros de claquette auront donc enchanté le public messin pendant près de trois heures. Danseurs, choristes et solistes semblent tous s’y donner à cœur joie. Et la dette envers le film de George Cukor de 1964, notamment pour les scènes d’intérieur, est parfaitement assumée elle aussi, laissant la place belle au discours social quelque peu démodé – et avouons-le, un peu longuet et un rien ennuyeux… – de George Bernard Shaw, l’auteur dont la pièce Pygmalion avait été adaptée par Loewe et par son librettiste. Le conflit des sentiments n’en est pas moins traité avec justesse, pudeur et dignité.

Le choix de la version française s’accommode assez bien du parti-pris de maintenir l’action dans le Londres des années 1910, et on saluera dans l’ensemble l’habilité de la traduction. Mais du coup les quelques allusions aux contextes lorrain et messin passent assez mal dans cette absence de transposition, et les accents des divers personnages de la pièce – l’alsacien très peu authentique de Mrs Pearce, le curieux mélange de vosgien/beur/parigot d’Eliza… – cadrent assez mal avec le lieu et le temps de l’action, qui évidemment appellent le cockney que tout le monde en tête. Mais broutilles que tout cela, puisque l’heure est à la fête !

La décision de recourir à l’amplification des voix, phénomène assez dérangeant au début pour l’auditeur non habitué, aura au moins permis de réunir sur le plateau, et de façon plutôt satisfaisante, acteurs sachant chanter – mais sans voix lyrique – et chanteurs professionnels. Parmi les premiers, on saluera l’extraordinaire prestation de , véritablement touchant d’humanité dans son portrait du misogyne et finalement pas si antipathique Professeur Higgins. Son comparse le Colonel Pickering lui donne une réplique tout aussi convaincante, et chante juste lui aussi, même si la partie des deux compères est davantage un parlando musical qu’un discours vocal traditionnel. Parmi les véritables chanteurs, on aura apprécié le joli ténor de , tout à fait délicieux dans le rôle de l’amoureux transi Freddy. , meilleur acteur et danseur que chanteur, est lui aussi convaincant en Alfred Doolittle, le truculent père d’Eliza, dont il sait traduire à la fois la gouaille et l’humanité débordante. Enfin, est un choix de luxe pour le rôle d’Eliza Doolittle qu’elle chante et joue à la perfection, même si le dialogue des premières scènes, avec cet accent quelque peu hybride, fait quelque peu fabriqué. Une chanteuse d’une telle classe, on s’en doute, est naturellement plus convaincante en dame du monde qu’en fille de rue.

Dans la fosse, l’ se plie à l’exercice de fin d’année et joue le jeu avec entrain et bonne humeur. On aura compris que pour se remettre des brumes hivernales de cette fin décembre, le petit saut par Metz aura pour beaucoup été salutaire.

Crédit photographique : (Eliza Doolittle ) © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

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